Voulez-vous voir un monde étrange / Où l'on aime les démons et pas les anges ?
Suivez-nous, venez visiter, / Notre magnifique cité.
Voici Halloween, voici Halloween.
Trêve de plaisanterie, je n'aime pas Halloween. Tout comme la Saint Valentin ou les fêtes des mères, des pères, des grands-parents, des voisins (encore que, celle-là, j'aime bien ...), des chiens, des betula pendula, etc.
Mais ?! Ca va pas !! C'est au jour d'Irtimid d'écrire ... Surtout qu'il a tout plein de choses à raconter ... :p
Tout plein de choses ? C'est beaucoup dire. En ce jeudi 31 octobre j'ai quitté Madrid, son soleil et sa fraîcheur qui commence à s'installer, sa Puerta del Sol ensoleillée et ses touristes. Ses chocolate con churros. Ses tapas, ses pastas, ses tortillas et tout plein de trucs (et non de choses !) en -a. Cinq jours de vacances dont j'ai profité à plein et dans tous les sens. Et non à plein d'essence puisque je n'étais pas motorisé. Quoique tout à fait autorisé ( à séjourner), au grand dam des autochtones que j'ai rendu atones, de mes bêtises épuisantes.
Mais cessons de parler de moi et parlons des autres, sources inépuisables de mes piques vilaines dont la bassesse m’écœure moi-même en même temps qu'elle me réjouit - je rappelle ici que je suis schizophrène, donc c'est pathologique et pas ma faute. La matinée étant passée bien vite et après un passage par le Parque del Retiro, son lac et son palais de cristal que je ne verrai jamais, l'heure d'aller à l'aéroport s'est présentée à moi avec fracas. Contrairement aux deux ostrogoths de l'avant-veille, je ne ratai pas le bon arrêt du car - Terminal 1, celui des low-costs. C'est à dire des passagers qui comme moi, pauvres hères qui errent, traînent leur misère et les pieds sur la terre, leurs valises abîmées par le poids des années. Mais, zut, j'ai dit que je ne parlais plus de moi, enfin !
En ce jour d'Halloween nous croisâmes une jeune femme costumée de noir perdue dans l'aéroport, sa robe noire glissant sur le sol. Puis une vieille dame édentée, mais Le_neptunien m'assura que c'était sa tête normale. Mon respect pour mes aînés me poussa, et me pousse encore, à ne pas commenter cette hypothèse fort contestable. Une fois enregistré puis en salle d'embarquement, Madrid était déjà loin et les passagers autour de moi étaient français, bien français. Un père parlant à sa fille comme à une aliénée pour lui expliquer le sudoku; un père avec ses quatre gamins, écouteurs sur les oreilles, jouant sur leurs smartphones; un père qui guidait par téléphone un de ses collègues de bureau pour ouvrir le bon tableur Excel; et dans tout ça des mères qui semblaient vouloir rester là et abandonner toute la smala pour profiter encore du soleil. Entre-temps pour arriver jusqu'à la salle à côté de ma porte d'embarquement j'avais dû traverser toute une zone de duty-free avec parfums, alimentation, livres, balais brosses, tronçonneuses électriques...Boire le touriste jusqu'à la lie, ça s'appelle.
Départ prévu à 16h05 sur le billet. A 16h10 sur le tableau de l'aéroport. Embarqué dans l'avion à 15h20. Départ effectif ? 16h25. Easy Jet, bonjooooouuuuur ! Pas de mauvaise foi cependant, nous arrivâmes à l'heure moi et mes deux voisines de vol qui passèrent l'heure et demi en l'air non pas à s'y envoyer (en l'air) mais à s'envoyer des commentaires dé-pri-mants dont voici une liste non exhaustive avec entre parenthèses mes remarques heureusement intérieures sur le moment:
- "Retour à la vie normale" (Golden Globe de la phrase creuse 2013)
- "Faut bien que ça s'arrête" (Vos discussions?)
- "On est trop blasées, là en fait" (J'avais remarqué)
- " Geoffrey, il a un super bouleau, il voyage beaucoup" (voyager avec un bouleau, ça doit pas être évident..ça rentre dans la soute, ça ?)
J'ai arrêté d'écouter pendant le profilage psychologique de Geoffrey par les deux commères volantes effectivement blasées. C'est à peine si elles remarquèrent qu'on avait décollé, puis atterri, partant le jour sous le soleil et arrivant à la nuit tombante sous des nuages qui tels ceux de Tchernobyl s'étaient arrêtés aux frontières de l'Espagne. Et, moi, pendant ce temps là ? Je tournai pas la manivelle mais somnolai. Passionnant, mes voyages.
A Lyon Saint-Exupéry, dernière bonne surprise d'Easy Jet, cette fois de mèche avec l'aéroport, avec un gros barnum pour les bagages censés arriver sur le tapis roulant 2 après ceux du vol de Barcelone qui avait atterri une demi-heure avant, mais qui se pointèrent finalement sur le tapis 1 après ceux du vol de Casablanca. Pendant ce temps les passagers de Barcelone poireautaient toujours. Ils n'avaient qu'à aller à Madrid en Easy Jet, mouarf !
Gracias au Neptunien pour sa présence auprès de nous, âmes égarées. Et merci d'avoir été un si bon guide, plein d'entrain (même à pied et en bus), anecdotes et chemins de traverse à la clé pour des marches hors des sentiers battus et rebattus par les chinois. Il a beau vouloir trop bien faire (et quand c'est trop, trop, trop, c'est vrai que c'est trop), il remplit si bien la mission qu'il s'était fixée que nous autres eûmes bien du grain à moudre pour raconter nos journées sur ce blog. Nous en avons sûrement oublié les trois-quarts, surtout moi noyé dans mes âneries (© Saudie) scripturales. Je m'en excuse auprès de lui car tous ses efforts auraient bien mérité l'exhaustivité dans nos récits, mais grand fut le plaisir et je pense qu'il se ressent dans nos textes.
Gracias à Myst parce que j'ai pu manger et dormir, grâce à lui (du moins, manger et l'écouter ronfler).
Gracias à Saudie pour nos idioties, ses regards discrètement consternés parfois teintés d'amusement, et pour les idées et l'énergie qu'elle me donne sans le vouloir (mais elle l'aura voulu !)
Ah, une dernière chose:
Moules
Asperges
Dorades
Ris de veau
Insectes
Dinde
Ceci est une liste de tout ce que je n'ai pas mangé cette semaine.
Et, oui, c'est ma conclusion. Un problème ?
P.S. : Les admirateurs du style irtimidien auront désormais la chance de pouvoir savourer sa plume dans le récit De Bretagne et d'Angleterre en ligne depuis ce jour. Un grand merci à lui pour ce cadeau merveilleux !
Affichage des articles dont le libellé est Tezorc Irtimid. Afficher tous les articles
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jeudi 31 octobre 2013
Le_neptunien ... en Espagne ! J+60
Libellés :
EF,
Madrid,
Tezorc Irtimid
Pays/territoire :
Madrid, Espagne
mardi 29 octobre 2013
Le_neptunien ... en Espagne ! J+58
Et la boucle se boucle mais lui ne se la boucle pas et heureusement : Irtimid !!
Ce matin, un lapin a peut-être tué un chasseur dans les campagnes espagnoles. Je n'écris pas ça parce qu'hier nous vîmes des œuvres de Goya, je sais faire la différence entre la chanteuse à texte et le peintre. Si un lapin a tué un chasseur, c’est qu’il avait un fusil. C’est donc qu’il en a acheté un. C’est donc qu’il avait un permis de port d’armes. C’est donc qu’on le lui a donné. C’est donc qu’un agent de la fonction publique espagnole est de mèche avec les lapins. C’est donc que l’Espagne devrait être envahie par des lapins d’ici la fin 2014. Vous pouvez toujours ricaner, nous vous aurons prévenu, moi et Aristote.
Ce matin était le dernier du chasseur, donc, mais aussi du séjour à Madrid pour Saudie et Myst. C'était donc pour eux le moment de ranger leurs affaires, valises, sacs, et autres gels douches. Un grand moment de sport et d'humanité, et un grand coup de pied dans le préjugé tenace selon lequel les individus de sexe féminin auraient un sens du rangement plus développé. En effet, tandis que les bagages de Myst ainsi que les miens auraient fait pâlir d'envie tout amoureux de l'ordre, ceux de Saudie auraient fait fuir sur ses deux jambes un habitant unijambiste de Capharnaüm. Saudie, Jésus au féminin ? L’hypothèse vaudrait le coup de créer un nouveau courant religieux. Je me propose en toute logique et modestie d’en être le Chef, le Grand Gourou, le Maestro, le Big Boss, le Patron, le Grand Mufti, le Grand Muesli, appelez ça comme vous voulez et profitez-en parce que pour ce qui est de la démocratie je garantis rien. Vous pouvez cependant voter, en commentaire de ce blog, avec le choix suivant : vote pour moi / vote blanc. Le vote blanc, comme en France, n’étant bien entendu pas comptabilisé. Il l’est en Espagne ? Oui, mais c’est moi qui fixe les règles de l’élection, j’en ai eu l’idée, un point c’est tout.
Le_neptunien n’étant pas, lui, en vacances, il avait ses cours habituels en matinée. Nous le rejoignîmes donc près de son école un peu avant midi. En bus, en métro, en fusée ? Oh que non : à pied ! Portant et faisant rouler nos valises, nous trois chevaliers de l’ordre du tourisme cavalâmes de nos jambes déjà meurtries par les promenades piétonnes ou cyclistes. Quelle fougue nous anima, quelle aisance nous eûmes, quelle fière destinée semblait s’inscrire en lettres d’or par-dessus nos têtes bringuebalant avec élégance, quelle splendeur nous donnâmes au français par-delà nos frontières ! Et quel hypocrite je fais, moi qui traînais ma peine inexistante en battant le pavé madrilène avec la discrétion d’un éléphanteau, sans compter le bruit que faisait mon hippopotame. Oui, c’est ainsi que je surnomme mon sac de voyage, auquel je rends hommage car il nous supporte depuis des années, moi et mon désordre Saudien. Ce dernier adjectif, je viens de l’inventer et de le breveter, et 10€ me seront reversés à chacune de ses utilisations. Si je traînais moi aussi mon sac, c’est que je quittai l’Hostal Oliver pour m’incruster 2 nuitées durant chez la logeuse du Neptunien qui a eu la gentillesse de me préparer un lit
Le temps étant plus frais que les jours précédents, cette marche dans les rues et avenues de la capitale eut le mérite de nous garder au chaud. Elle nous permit aussi de croiser une manifestation d’immigrés avec un slogan qui fut traduit approximativement de l’espagnol par mes soins. Mes soins, qui coûtent 10€ eux aussi - je ne vois pas pourquoi les immigrés auraient droit à mes soins gratuits puisque je fais payer tout le monde. Ce slogan, donc : « Immigrés, pas fraudeurs ». Mais, mais, pourquoi donc les exilés français en Suisse sont-ils venus manifester à Madrid ?
Arrivés près de l’école du Neptunien nous y entrâmes et nous y posâmes. Me tournait alors dans la tête une idée de chanson, la faute à Saudie qui a le don de sortir des phrases beaucoup plus rythmiquement organisées que ses bagages. Le_neptunien terminant ses cours sortit comme tous les jours sous la haie d’honneur de ses camarades et de ses professeurs, époustouflés par son talent et par l’absence de fautes d’orthographe sur son blog. Il nous emmena manger des tapas dans un petit restaurant non loin de là, l’Aránzazu, qui n’est pas du tout la propriété de Bixente Lizarazu (ceci est la blague de quelqu’un ayant à la fois commencé et arrêté de suivre le foot en 1998, le temps d’une Coupe du Monde). Un restaurant dans lequel les étudiants de l’EF Madrid ont des réductions. Qu’on se rassure, ce ne sont pas ces viles considérations pécuniaires qui ont justifié le choix de ce restaurant mais bien la qualité des tapas et la proximité.
Proximité, car il fallait ensuite aller jusqu’à l’aéroport pour y larguer Saudie et Myst qui partaient donc retrouver la grisaille francilienne, les klaxons en pagaille, l’incivilité chronique mais aussi un taux de chômage un peu moins important, faut bien compenser. Leur avion devait décoller à 15h45, nous prîmes donc deux bonnes heures d’avance. Un peu plus, au départ, mais comme nous ratâmes lamentablement l’arrêt de bus du Terminal 1 de l’aéroport et finîmes au Terminal 4, il nous fallut récupérer la navette interne de l’aéroport pour retourner au 1. Une ultime péripétie en guise de cerise sur le gâteau pour nos 2 joyeux tourlourous qui partirent le cœur vaillant, léger et plein de soleil, retrouver la grisaille francilienne. Oui, je sais pertinemment que je l’ai déjà écrit. Simplement j’aime retourner le couteau dans la plaie. Et pas que la plaie du chasseur tué par le lapin.
Madrid Barajas est un aéroport parfaitement quelconque. Si tant est que puisse être parfait ce qui est quelconque puisque si quelque chose est parfait, il devient par là même particulier, remarquable au sens premier du terme. Donc pas quelconque. L’expression « parfaitement quelconque » est donc un brin oxymorique. Comme en Oxymorique un petit village Rigaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur - Premierdegréus – mettons que cette expression est malgré tout acceptable et revenons-en, dis-je alors que je suis tout seul, au propos. Madrid Barajas étant quelconque, seuls nos déchirants adieux dont l’évocation m’écorche l’âme autant que le cœur seraient intéressants à conter. Je pourrais ainsi vous citer Gaston Miron qui écrivit « C'est un peu de nous tous en celui qui s'en va et c'est en celui qui naît un peu de nous tous qui devient autre », mais comme personne dans notre entourage madrilène n’est venu au monde cela serait alors hors-sujet. Ce qui signifierait que j’aurais placé cette phrase uniquement comme caution littéraire à ce texte ? Quelle idée !
Dernier des Mohicans aux côtés du Neptunien, nous rejoignîmes son école puis son « chez lui » pour déposer mon hippopotame qui commençait à renâcler autant que mes mollets à forcer de tâter le sol de Madrid. L’après-midi fut donc davantage mis à profit pour repos et flânerie sans but précis que pour continuer la visite de la ville savamment guidée par Le_neptunien.
Le dîner se passa avec la logeuse du neptunien et devant un téléviseur, chose inhabituelle pour moi qui goûte davantage la compagnie des pans de mur. Ces derniers possèdent l’immense avantage de ne pas bouger ni faire de bruit et de laisser ainsi à mon vacarme intérieur toute la place qu’il réclame. Le tout au grand dam de la partie raisonnée de mon cerveau. Toujours est-il qu’à la télévision était diffusé un documentaire anglais, doublé en espagnol, sur la famille royale anglaise, que Le_neptunien commentait en espagnol avec sa logeuse et en français avec moi dans une gymnastique remarquable. Pendant ce temps je m’accrochais à chaque mot prononcé en espagnol comme à une bouée glissante risquant à tout moment de s’échapper de mes mains tendues.
Je ne me noyai cependant pas et cela me permet d’écrire ces lignes en remerciant Le_neptunien de m’avoir prêté, ainsi qu’à nos camarades désormais disparus – de Madrid - un espace sur son blog. Un espace gratuit, donc je ne suis pas responsable, pour raconter toutes mes âneries avec toute la prétention dont je suis capable sans effort, le tout alors que le temps ensoleillé ne se rafraîchit pas assez vite pour gâcher la douceur des journées. ¡ Que felicidad !
Ce matin, un lapin a peut-être tué un chasseur dans les campagnes espagnoles. Je n'écris pas ça parce qu'hier nous vîmes des œuvres de Goya, je sais faire la différence entre la chanteuse à texte et le peintre. Si un lapin a tué un chasseur, c’est qu’il avait un fusil. C’est donc qu’il en a acheté un. C’est donc qu’il avait un permis de port d’armes. C’est donc qu’on le lui a donné. C’est donc qu’un agent de la fonction publique espagnole est de mèche avec les lapins. C’est donc que l’Espagne devrait être envahie par des lapins d’ici la fin 2014. Vous pouvez toujours ricaner, nous vous aurons prévenu, moi et Aristote.
Ce matin était le dernier du chasseur, donc, mais aussi du séjour à Madrid pour Saudie et Myst. C'était donc pour eux le moment de ranger leurs affaires, valises, sacs, et autres gels douches. Un grand moment de sport et d'humanité, et un grand coup de pied dans le préjugé tenace selon lequel les individus de sexe féminin auraient un sens du rangement plus développé. En effet, tandis que les bagages de Myst ainsi que les miens auraient fait pâlir d'envie tout amoureux de l'ordre, ceux de Saudie auraient fait fuir sur ses deux jambes un habitant unijambiste de Capharnaüm. Saudie, Jésus au féminin ? L’hypothèse vaudrait le coup de créer un nouveau courant religieux. Je me propose en toute logique et modestie d’en être le Chef, le Grand Gourou, le Maestro, le Big Boss, le Patron, le Grand Mufti, le Grand Muesli, appelez ça comme vous voulez et profitez-en parce que pour ce qui est de la démocratie je garantis rien. Vous pouvez cependant voter, en commentaire de ce blog, avec le choix suivant : vote pour moi / vote blanc. Le vote blanc, comme en France, n’étant bien entendu pas comptabilisé. Il l’est en Espagne ? Oui, mais c’est moi qui fixe les règles de l’élection, j’en ai eu l’idée, un point c’est tout.
Le_neptunien n’étant pas, lui, en vacances, il avait ses cours habituels en matinée. Nous le rejoignîmes donc près de son école un peu avant midi. En bus, en métro, en fusée ? Oh que non : à pied ! Portant et faisant rouler nos valises, nous trois chevaliers de l’ordre du tourisme cavalâmes de nos jambes déjà meurtries par les promenades piétonnes ou cyclistes. Quelle fougue nous anima, quelle aisance nous eûmes, quelle fière destinée semblait s’inscrire en lettres d’or par-dessus nos têtes bringuebalant avec élégance, quelle splendeur nous donnâmes au français par-delà nos frontières ! Et quel hypocrite je fais, moi qui traînais ma peine inexistante en battant le pavé madrilène avec la discrétion d’un éléphanteau, sans compter le bruit que faisait mon hippopotame. Oui, c’est ainsi que je surnomme mon sac de voyage, auquel je rends hommage car il nous supporte depuis des années, moi et mon désordre Saudien. Ce dernier adjectif, je viens de l’inventer et de le breveter, et 10€ me seront reversés à chacune de ses utilisations. Si je traînais moi aussi mon sac, c’est que je quittai l’Hostal Oliver pour m’incruster 2 nuitées durant chez la logeuse du Neptunien qui a eu la gentillesse de me préparer un lit
Le temps étant plus frais que les jours précédents, cette marche dans les rues et avenues de la capitale eut le mérite de nous garder au chaud. Elle nous permit aussi de croiser une manifestation d’immigrés avec un slogan qui fut traduit approximativement de l’espagnol par mes soins. Mes soins, qui coûtent 10€ eux aussi - je ne vois pas pourquoi les immigrés auraient droit à mes soins gratuits puisque je fais payer tout le monde. Ce slogan, donc : « Immigrés, pas fraudeurs ». Mais, mais, pourquoi donc les exilés français en Suisse sont-ils venus manifester à Madrid ?
Arrivés près de l’école du Neptunien nous y entrâmes et nous y posâmes. Me tournait alors dans la tête une idée de chanson, la faute à Saudie qui a le don de sortir des phrases beaucoup plus rythmiquement organisées que ses bagages. Le_neptunien terminant ses cours sortit comme tous les jours sous la haie d’honneur de ses camarades et de ses professeurs, époustouflés par son talent et par l’absence de fautes d’orthographe sur son blog. Il nous emmena manger des tapas dans un petit restaurant non loin de là, l’Aránzazu, qui n’est pas du tout la propriété de Bixente Lizarazu (ceci est la blague de quelqu’un ayant à la fois commencé et arrêté de suivre le foot en 1998, le temps d’une Coupe du Monde). Un restaurant dans lequel les étudiants de l’EF Madrid ont des réductions. Qu’on se rassure, ce ne sont pas ces viles considérations pécuniaires qui ont justifié le choix de ce restaurant mais bien la qualité des tapas et la proximité.
Proximité, car il fallait ensuite aller jusqu’à l’aéroport pour y larguer Saudie et Myst qui partaient donc retrouver la grisaille francilienne, les klaxons en pagaille, l’incivilité chronique mais aussi un taux de chômage un peu moins important, faut bien compenser. Leur avion devait décoller à 15h45, nous prîmes donc deux bonnes heures d’avance. Un peu plus, au départ, mais comme nous ratâmes lamentablement l’arrêt de bus du Terminal 1 de l’aéroport et finîmes au Terminal 4, il nous fallut récupérer la navette interne de l’aéroport pour retourner au 1. Une ultime péripétie en guise de cerise sur le gâteau pour nos 2 joyeux tourlourous qui partirent le cœur vaillant, léger et plein de soleil, retrouver la grisaille francilienne. Oui, je sais pertinemment que je l’ai déjà écrit. Simplement j’aime retourner le couteau dans la plaie. Et pas que la plaie du chasseur tué par le lapin.
Madrid Barajas est un aéroport parfaitement quelconque. Si tant est que puisse être parfait ce qui est quelconque puisque si quelque chose est parfait, il devient par là même particulier, remarquable au sens premier du terme. Donc pas quelconque. L’expression « parfaitement quelconque » est donc un brin oxymorique. Comme en Oxymorique un petit village Rigaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur - Premierdegréus – mettons que cette expression est malgré tout acceptable et revenons-en, dis-je alors que je suis tout seul, au propos. Madrid Barajas étant quelconque, seuls nos déchirants adieux dont l’évocation m’écorche l’âme autant que le cœur seraient intéressants à conter. Je pourrais ainsi vous citer Gaston Miron qui écrivit « C'est un peu de nous tous en celui qui s'en va et c'est en celui qui naît un peu de nous tous qui devient autre », mais comme personne dans notre entourage madrilène n’est venu au monde cela serait alors hors-sujet. Ce qui signifierait que j’aurais placé cette phrase uniquement comme caution littéraire à ce texte ? Quelle idée !
Dernier des Mohicans aux côtés du Neptunien, nous rejoignîmes son école puis son « chez lui » pour déposer mon hippopotame qui commençait à renâcler autant que mes mollets à forcer de tâter le sol de Madrid. L’après-midi fut donc davantage mis à profit pour repos et flânerie sans but précis que pour continuer la visite de la ville savamment guidée par Le_neptunien.
Le dîner se passa avec la logeuse du neptunien et devant un téléviseur, chose inhabituelle pour moi qui goûte davantage la compagnie des pans de mur. Ces derniers possèdent l’immense avantage de ne pas bouger ni faire de bruit et de laisser ainsi à mon vacarme intérieur toute la place qu’il réclame. Le tout au grand dam de la partie raisonnée de mon cerveau. Toujours est-il qu’à la télévision était diffusé un documentaire anglais, doublé en espagnol, sur la famille royale anglaise, que Le_neptunien commentait en espagnol avec sa logeuse et en français avec moi dans une gymnastique remarquable. Pendant ce temps je m’accrochais à chaque mot prononcé en espagnol comme à une bouée glissante risquant à tout moment de s’échapper de mes mains tendues.
Je ne me noyai cependant pas et cela me permet d’écrire ces lignes en remerciant Le_neptunien de m’avoir prêté, ainsi qu’à nos camarades désormais disparus – de Madrid - un espace sur son blog. Un espace gratuit, donc je ne suis pas responsable, pour raconter toutes mes âneries avec toute la prétention dont je suis capable sans effort, le tout alors que le temps ensoleillé ne se rafraîchit pas assez vite pour gâcher la douceur des journées. ¡ Que felicidad !
Libellés :
EF,
Madrid,
Tezorc Irtimid
Pays/territoire :
Madrid, Espagne
samedi 26 octobre 2013
Le_neptunien ... en Espagne ! J+55
Et aujourd'hui ... Irtimid !!!
Avant toute chose, sachez que ce texte vous est offert par Easy Jet. Sauf si vous buvez un café en le lisant: c’est 5€. Un jeu de mot vaut 2€, une virgule en vaut 3 et les parenthèses vous sont offertes par la maison. A manger, la compagnie vous propose ce récit mais il faudra pour cela tout imprimer ou avaler votre ordinateur/tablette. La gratuité, oui, mais aucune garantie avec, faut pas charrier ! Contactez la planète Neptune pour de plus amples informations. Vous aurez autant de chances de tomber sur quelqu’un qu’au SAV d’Easy Jet. Que je nommerai à l’avenir « Ils y jettent » car je promeus le français partout où je passe et parce que je ne voudrais pas faire trop de pub.
Avant toute chose, sachez que ce texte vous est offert par Easy Jet. Sauf si vous buvez un café en le lisant: c’est 5€. Un jeu de mot vaut 2€, une virgule en vaut 3 et les parenthèses vous sont offertes par la maison. A manger, la compagnie vous propose ce récit mais il faudra pour cela tout imprimer ou avaler votre ordinateur/tablette. La gratuité, oui, mais aucune garantie avec, faut pas charrier ! Contactez la planète Neptune pour de plus amples informations. Vous aurez autant de chances de tomber sur quelqu’un qu’au SAV d’Easy Jet. Que je nommerai à l’avenir « Ils y jettent » car je promeus le français partout où je passe et parce que je ne voudrais pas faire trop de pub.
Après ça et avant tout je me présente. D’aucuns m’appellent ici Relecteur en Chef ou je ne sais quel titre pompeux mais soyons simples, contentez-vous de m’appeler Chef. Mentalement, du moins, car si vous m’appelez à travers votre écran d’ordinateur j’ai peu de chances de vous répondre et ce que vous disiez « Chef ! » ou « Hé, abruti ! » En tant que relecteur, je vais donc devoir relire deux fois mes propres fautes, d’abord en tant que rédacteur de l’article puis en tant que relecteur. Et on voudrait que je ne sois pas schizophrène ?
En ce 26 octobre j’ai débarqué à Madrid, capitale de l’Espagne et de ses habitants les épagneuls. Attention, cette blagounette est recyclée, je suis un foutu écolo. C’est pour ça que je prends l’avion…mais non, si je prends l’avion c’est bien sûr pour une raison très profonde: l’observation philosophico-mystique des joies de l’aviation dans notre société contemporaine.
A Lyon St Exupéry je m’envolai – du moins mon avion s’envolait, moi je ne vole pas sans ma cape et je l’ai laissée en France pour ne pas être confondu en Espagne avec Zorro, je tiens à ma tranquillité. A Lyon Saint Exupéry je m’envolai, écrivais-je avant de m’interrompre grossièrement, et vis nombre de cas sociologiques passionnants. Que je n’analyserai pas ici. Mais familles surexcitées, pénibles en costards très costauds pour causer tôt ou tard, bébés hurlant et groupes de touristes plus surexcités que les familles, tous ceux-là étaient bien au rendez-vous.
L’embarquement ouvrit à 10h30. L’avion partit à 11h10 et arriva à 13h05 à l’aéroport de Madrid Barajas. Près de 2h de vol, ce qui me permit des réflexions d’une grande philosophie :
N°5 – 11h20 : (Avisant un parfum Lady Gaga à 32€) « Oui, même en l’air, Lady Gaga nous le pompe (L’air ? Non, le fric !) »
N°4 – 11h21 : « ‘Ils y jettent’, du vol, du vrai »
N°3 – 11h30 : « Les nuages sont moins hauts quand on est au-dessus d’eux »
N°2 – 11h31 : « La Terre n’est pas la planète bleue mais la planète grise (référence à la pollution splendide que l’on toise depuis le hublot) »
N°1 – 12h25 : « Si je balançais un objet depuis le hublot, quelle probabilité aurais-je d’atteindre l’orifice d’une vache ? ». Ouais, là je commençais vraiment à m’ennuyer.
Après avoir révolutionné la métaphysique et atterri vivant à Madrid, je ferai ici l’impasse sur l’heure pénible qui suivit et dont les pénibles péripéties n’apporteraient rien à ce récit. C’est donc aux alentours de 15h que j’arrivai à la Puerta Del Sol, non loin de l’hôtel nous accueillant (moi relecteur, moi rédacteur, moi président mais aussi Saudie et Myst arrivés il y a deux jours). Le_neptunien, Saudie et Myst m’attendaient eux avec tant d’impatience qu’ils firent en bus la moitié du chemin jusqu’à l’aéroport alors même que je faisais tout le chemin jusqu’à eux. Ils firent demi-tour pour me retrouver Puerta Del Sol et, en guise d’accueil, je fus victime de leurs regards noirs. Se sentir aimé est un bonheur.
Une fois que j’eus appelé ma mère pour qu’elle me dise qu’elle m’aime (mais elle était occupée et me dit de la rappeler en mars 2022) ; que j’eus assassiné puis ressuscité mes trois compagnons pour ne pas me sentir trop seul ; et que j’eus déposé mes bagages à l’hôtel ; nous partîmes déjeuner – il était 16h, j’étais direct dans le bain des horaires espagnols. Et ne prétendez pas que les horaires espagnols ne prennent pas de bains, ils et elles font ce qu’ils et elles veulent.
Assortiment de jámon (jambon), de queso (fromage) puis lentejas (lentilles) furent au programme. A l’heure du goûter ça fait toujours bizarre mais c’était plutôt bon, sans ça (tionnel). Si ce n’est que c’était ma journée « maladresses » et que je renversai à peu près tout ce qui peut se renverser dans un restaurant. Je suis renversant d’inaptitude, quand je m’y mets.
Sortant du restaurant Le_neptunien, guide avisé de cette ville, nous mena vers la Plaza de Cibeles et son Palacio de Comuniciones. Un bâtiment qui loge tout plein de trucs – Le_neptunien ne l’a pas dit comme ça mais avec bien plus d’érudition – dont la mairie, des expositions temporaires, des salles de détente et un mirador où l’on peut mirer une bonne partie de la ville. Cela permit au neptunien de nous apprendre que le soleil se couche à l’ouest (Ceci est un test : si il ne me censure pas ça, c’est qu’il ne relit pas mes relectures, mouhahaha !). A 18h20 nous étions au 6ème étage, et le mirador ouvrait à 18h30. Ce qui permit à Saudie de relayer son neptunien de frère et moi dans la philosophie en déclarant (et non en déclamant, sans quoi elle serait passée par la fenêtre). : « On a dix minutes pour monter ». Grand débat sur cette phrase avec Le_neptunien, débat qui alla bien plus loin que Neptune dans l’univers. « Réfléchis et reformule ta phrase », lui intima son frère, « … » répliqua fort à propos Saudie. Qui laissa Le_neptunien reformuler lui-même, au final. Assister à un tel moment de la Pensée, ça vous file des frissons et des larmes aux yeux.
Dans les escaliers du palais je rendis un vibrant hommage au Silly Walk des Monty Python en descendant n’importe comment, grandes enjambées désarticulées à l’honneur. Saudie me compara alors à un poulpe. C’est donc hier que j’ai officiellement commencé les antidépresseurs. Juste après m’être pris un oreiller dans la tronche, en fait. Car, arrivés en bas dans les canapés censés offrir au touriste un peu de détente dans le calme, les barbares qui m’accompagnaient se lancèrent séance (et séants, puisqu’ils étaient assis) tenante dans une bataille de coussins. Que Myst s’empressa de tenter de prendre en photo en se chargeant d’une difficulté supplémentaire puisqu’il utilisait un retardateur. Voici d’ailleurs pour votre information l’équation à respecter pour prendre correctement en photo un jet de coussin avec retardateur :
T= TJ + (V*MM*MC) / (F*C)
Avec T = Moment où il faut lancer la photo, TJ = Moment du jet de coussin ; V= Volume du coussin; MM= Masse Musculaire du lanceur ; MC= Masse Cérébrale du lanceur ; F = Fatigue du lanceur ; C= Crétinisme du lanceur ; et ( ) : des parenthèses – non non, je vous prends pas du tout pour des crétins.
Conséquence directe de tout cela, ce n’est pas le 26 octobre que la réputation du français à l’étranger s’est améliorée. Un conseil à toute personne qui lirait ces lignes et envisagerait un voyage futur à Madrid : éviter le palais des communications de la Plaza Cibeles. Car après notre passage, quand ils reconnaîtront un français, ils le lapideront sans doute. Avec des coussins, certes, mais au bout d’un moment ça fait mal.
Après ça, bref passage par le Palais Royal et par le derrière de l’Opéra (précision importante puisque je n’ai vu le devant que le lendemain, jour où j’écris ces lignes). Puis par un supermarché, avant de repasser à l’hostal Oliver. Un mot sur cette splendeur de l’hôtellerie ibérique : son quatrième étage ; ses douches-toilettes qui dépassent difficilement le m² et dans lesquelles on pourrait facilement retrouver les ossements des touristes obèses qui n'ont pas réussi à ressortir de là ; son insonorisation finement calculée qui permet d’entendre tout ce que dit le voisin et de parfaire ainsi ses connaissances en espagnol à condition que le voisin soit espagnol. « Oliver, que du bonheur ». Cette rime vous est offerte par ‘Ils y jettent’, puisque ce récit approche de l’atterrissage. Bon, en même temps l'hôtel est parfaitement placé et pas cher, deux raisons suffisantes pour en être satisfait.
L’heure vint ensuite du détour – en bus, mais nous courûmes pour l’attraper alors non, nous ne sommes pas de grosses feignasses - par la casa de la logeuse qui accueille Le_neptunien pour ses trois mois d’Espagne. Nous y prîmes le dîner (des tortillas toutes droites issues de l’industrie espagnole qui tangue, avec le mérite de remplir le ventre) avant de repartir. A pied, mais c’est bien parce que le bus n’était pas là, nous sommes de grosses feignasses (quoi, contradictoire, moi ?).
Nous pûmes une fois arrivés nous coucher. Et ne pas dormir. A la place nous pûmes profiter toute la nuit de l’ambiance des rues madrilènes et de ronflements. Je ne nommerai pas le coupable, et il n’est pas de mon ressort de dire qu’il n’est ni neptunien ni rédacteur de ces lignes, ni féminin.
Mais si le ronfle-ment, je ne mens pas en disant que cette journée fut très belle, sous le soleil arrivé avec moi. Elle en appelait d’autres (de belles journées, pas de soleils, puisqu'il n'y en a qu'un et il me suit), qui seront contées par d’autres plumes que la mienne qui vous salue bien.
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EF,
Madrid,
Tezorc Irtimid
Pays/territoire :
Madrid, Espagne
vendredi 19 juillet 2013
De Bretagne et d'Angleterre, Conclusion
Conclusion
Toute chose n'a de fin que lorsqu'on l'accepte. Quoique ce n'est pas vrai pour la mort qui n'attend pas toujours notre accord. Cette conclusion ne sera donc pas un mot de la fin, et elle ne conclut que ce récit.
Elle ne portera pas sur la culture anglaise: non seulement il serait prétentieux de croire en cinq jours connaître toutes les caractéristiques d'un pays doté d'une longue histoire, qui plus est avec mes yeux myopes et biaisés. Je prévenais en préface qu'un récit de voyage possède "les germes de la prétention", je vais tâcher de la cantonner à son état bourgeonnant même si le mal est sans doute déjà fait. J'anticipais aussi "Ce récit se prélassera dans des détails sans intérêt, digressera sans se dégraisser de ses futilités". De considérations socioprofessionnelles sur les serveurs/euses britanniques en charges haineuses contre les touristes dont je suis, je ne crois pas avoir failli à ma mission.
Que de détails j'ai pourtant dû oublier ! Que de petites histoires n'ont pas été contée, qui attendaient pourtant avec impatience d'être couchées sur le papier ! Que d'arrangements avec la réalité ont dû se combiner avec les oublis occasionnées par ma mémoire un peu défaillante ! Que je t'aime, comme hurlerait l'autre, toi écriture qui m'offre la possibilité de mettre en forme une histoire à peu près cohérente !
Ce récit doit beaucoup au Neptunien, Benoît de son prénom que j'ai choisi de ne pas utiliser pour que le personnage que j'ai dépeint par petites touches maladroites ne soit pas confondu avec l'être réel, charnel et pensant. Lui-même aurait sans doute vu les choses d'une toute autre manière et par extension ne les aurait pas contées ainsi - par flexion non plus, d'ailleurs. C'est également lui qui initial l'idée du voyage. Lui qui sut rebondir quand perdu dans les hautes sphères de mon indécision je ne savais ni où aller ni que dire. Lui qui eut l'idée de me faire jouer de la guitare dans une voiture, toute Fiat Ulysse soit elle. Si j'affirmais que c'est aussi lui qui a permis au soleil de briller chaque jour on m'accuserait à raison de tomber dans l'éloge ou la flagornerie. Ce d'autant plus que Le_neptunien n'aimant pas la chaleur n'aurait jamais eu l'idée saugrenue d'un ciel sans nuages ! Ce récit lui est dédié...attention, il n'est pas mort, hein ! Peut-être est-il frappé d'apoplexie en lisant mes imbécilités mais je décline toute responsabilité, il était prévenu.
Dans cette histoire il ne faudrait pas oublier le rôle prépondérant joué par Ulysse sans laquelle le voyage nous aurait pris un temps bien plus considérable qui aurait de loin outrepassé les congés du Neptunien - oui, y en a qui bossent. Ulysse fut fidèle compagne et si je lui ai donné forme presque humaine tout au long du récit c'est que dans les récits moyenâgeux les cheveux étaient quasiment personnifiés, je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même pour les voitures.
Remercier l'Angleterre serait tomber dans une grandiloquence coupable. Remercier les touristes, les serveuses et serveurs, les laveurs de pare-brise, les gérants de musée, tous les malheureux de la garde royale pris en photo par toutes les béatitudes humaines du monde et contraints par 32° au stoïcisme flegmatique pour perpétuer la tradition; les plages anglaises, la démocratie représentative et ses monuments, Nelson et Napoléon désormais copain comme cochons cadavériques sous l'arche malléable de l'histoire...Oui, remercier tout cela viendrait peut-être à l'esprit d'une personne un brin arrangeante. Si je ne le ferai pas c'est par manque de place et de temps et parce que la litanie annuelle des remerciements bidons aux Césars suffit à atteindre le quota d'hypocrisie enrubannée de bons sentiments.
Y aura t-il un supplément au voyage de Tezorc Irtimid ? C'est fort peu probable: je ne vois pas comment les os de Diderot pourraient rédiger quoi que ce soit aujourd'hui. Il leur faudrait d'abord sortir du cercueil pour trouver feuille de papier ou tablette numérique et dans ce deuxième cas apprendre à s'en servir. Au vu du temps nécessaire pour les septuagénaires pour apprivoiser l'objet, je n'ose imaginer que l'éternité suffirait pour un multi-centenaire.
Il y aura peut-être en revanche d'autres récits de voyages écrits de ma main, le plaisir pris à rédiger celui-ci suffira comme moteur.
Je finis ce récit deux points. Premièrement, pourquoi ne pas l'avoir écrit en anglais ? Parce que le jour où je partirai en Russie il me sera difficile d'écrire en russe, je garde donc le français comme socle. Deuxièmement, ce jeu de mots: "Pour que meure l'Angleterre il faudrait que la langue l'enterre". Comprenez: les mots sont parfois puissants et assassins et peuvent détruire jusqu'au prestige d'un pays; les miens ne tueront que mon prestige depuis longtemps chancelant et auquel je tiens peu. "God save qui couine !"
Elle ne portera pas sur la culture anglaise: non seulement il serait prétentieux de croire en cinq jours connaître toutes les caractéristiques d'un pays doté d'une longue histoire, qui plus est avec mes yeux myopes et biaisés. Je prévenais en préface qu'un récit de voyage possède "les germes de la prétention", je vais tâcher de la cantonner à son état bourgeonnant même si le mal est sans doute déjà fait. J'anticipais aussi "Ce récit se prélassera dans des détails sans intérêt, digressera sans se dégraisser de ses futilités". De considérations socioprofessionnelles sur les serveurs/euses britanniques en charges haineuses contre les touristes dont je suis, je ne crois pas avoir failli à ma mission.
Que de détails j'ai pourtant dû oublier ! Que de petites histoires n'ont pas été contée, qui attendaient pourtant avec impatience d'être couchées sur le papier ! Que d'arrangements avec la réalité ont dû se combiner avec les oublis occasionnées par ma mémoire un peu défaillante ! Que je t'aime, comme hurlerait l'autre, toi écriture qui m'offre la possibilité de mettre en forme une histoire à peu près cohérente !
Ce récit doit beaucoup au Neptunien, Benoît de son prénom que j'ai choisi de ne pas utiliser pour que le personnage que j'ai dépeint par petites touches maladroites ne soit pas confondu avec l'être réel, charnel et pensant. Lui-même aurait sans doute vu les choses d'une toute autre manière et par extension ne les aurait pas contées ainsi - par flexion non plus, d'ailleurs. C'est également lui qui initial l'idée du voyage. Lui qui sut rebondir quand perdu dans les hautes sphères de mon indécision je ne savais ni où aller ni que dire. Lui qui eut l'idée de me faire jouer de la guitare dans une voiture, toute Fiat Ulysse soit elle. Si j'affirmais que c'est aussi lui qui a permis au soleil de briller chaque jour on m'accuserait à raison de tomber dans l'éloge ou la flagornerie. Ce d'autant plus que Le_neptunien n'aimant pas la chaleur n'aurait jamais eu l'idée saugrenue d'un ciel sans nuages ! Ce récit lui est dédié...attention, il n'est pas mort, hein ! Peut-être est-il frappé d'apoplexie en lisant mes imbécilités mais je décline toute responsabilité, il était prévenu.
Dans cette histoire il ne faudrait pas oublier le rôle prépondérant joué par Ulysse sans laquelle le voyage nous aurait pris un temps bien plus considérable qui aurait de loin outrepassé les congés du Neptunien - oui, y en a qui bossent. Ulysse fut fidèle compagne et si je lui ai donné forme presque humaine tout au long du récit c'est que dans les récits moyenâgeux les cheveux étaient quasiment personnifiés, je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même pour les voitures.
Remercier l'Angleterre serait tomber dans une grandiloquence coupable. Remercier les touristes, les serveuses et serveurs, les laveurs de pare-brise, les gérants de musée, tous les malheureux de la garde royale pris en photo par toutes les béatitudes humaines du monde et contraints par 32° au stoïcisme flegmatique pour perpétuer la tradition; les plages anglaises, la démocratie représentative et ses monuments, Nelson et Napoléon désormais copain comme cochons cadavériques sous l'arche malléable de l'histoire...Oui, remercier tout cela viendrait peut-être à l'esprit d'une personne un brin arrangeante. Si je ne le ferai pas c'est par manque de place et de temps et parce que la litanie annuelle des remerciements bidons aux Césars suffit à atteindre le quota d'hypocrisie enrubannée de bons sentiments.
Y aura t-il un supplément au voyage de Tezorc Irtimid ? C'est fort peu probable: je ne vois pas comment les os de Diderot pourraient rédiger quoi que ce soit aujourd'hui. Il leur faudrait d'abord sortir du cercueil pour trouver feuille de papier ou tablette numérique et dans ce deuxième cas apprendre à s'en servir. Au vu du temps nécessaire pour les septuagénaires pour apprivoiser l'objet, je n'ose imaginer que l'éternité suffirait pour un multi-centenaire.
Il y aura peut-être en revanche d'autres récits de voyages écrits de ma main, le plaisir pris à rédiger celui-ci suffira comme moteur.
Je finis ce récit deux points. Premièrement, pourquoi ne pas l'avoir écrit en anglais ? Parce que le jour où je partirai en Russie il me sera difficile d'écrire en russe, je garde donc le français comme socle. Deuxièmement, ce jeu de mots: "Pour que meure l'Angleterre il faudrait que la langue l'enterre". Comprenez: les mots sont parfois puissants et assassins et peuvent détruire jusqu'au prestige d'un pays; les miens ne tueront que mon prestige depuis longtemps chancelant et auquel je tiens peu. "God save qui couine !"
Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
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jeudi 18 juillet 2013
De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 6 - 19/07/2013
Chapitre 6 - 19/07/2013
Jusqu'ici nous avions été plutôt gâtés concernant les lieux que nous traversions: ruines de Tintagel dominant la mer, routes de Cornouailles joliment entourées de haies et forêts (je ne vous dirais pas que ça rime, vous rétorqueriez que je radote, roches et phare de Portland, hauts lieux de l'histoire londonienne...non, indéniablement nous vîmes de très belles choses. Puis arriva Brighton. L'un de nos derniers lieux de passage et celui qui ne restera pas dans ma mémoire pour les plus glorieuses raisons qui soient.
Nous nous étions levés tranquillement et Ulysse nous amena avec son habituel sérieux consciencieux vers le sud, retrouver la côte et la mer qui nous avait cruellement manqué la veille lors de notre escapade en capitale. Brighton fut atteinte en début de matinée. Moi, je l'étais depuis longtemps (atteint).
Fut-ce le soleil, au tapage diurne ravageur sur nos crânes ? Fut-ce la malchance? Fut-ce la maladresse ? Toujours est-il que lorsque nous posâmes Ulysse sur les places de parking qui longent la côte et descendîmes vers la plage, nous en eûmes assez peu pour notre argent - heureusement nous avions encore une fois fraudé, atteints (encore !) d'un accès de cécité soudain en passant devant le parcmètre. La plage était non seulement parfaitement quelconque dans sa forme - les plages bretonnes ou même de Portsmouth présentant l'intérêt d'un paysage joliment varié - mais c'était en plus une plage...naturiste ! Chose dont, dans la grande sagacité qui m'anime, je ne m'aperçus qu'après une bonne dizaine de culs nus. Comment convaincre Le_neptunien par la suite que la pratique naturiste était bien loin de mes hobbies, et plus encore de mes préoccupations ? Nous quittâmes les culs nus avec grande dignité- et avec des vêtements - mais j'exagérerais à peine si j'affirmais que ce spectacle eut au moins l'avantage de mettre du piment dans le pudding mou que me sembla être Brighton? Le piment dans le pudding étant vraiment un mélange infect rien qu'à l'imaginer, je pense avoir réussi par cette image à convaincre Le_neptunien que le naturisme et moi c'est à peu de choses près comme une brosse à cheveux et moi. Je salue cependant tous les naturistes qui ne me lisent pas, les félicitant de savoir s'abstraire et s'extraire des délires consuméristes vestimentaires qui ont cours jusqu'à la plage - jusque dans l'eau !
Reprenant Ulysse sur son parking et sans la moindre amende nous cherchâmes à trouver un lieu dans le centre-ville pour, une dernière fois sur le sol anglais, ravitailler nos panses. Et si les gens sont nus sur les plages à Brighton, les places de parking sont quant à elles bien habillées de voitures. Nous eûmes le grand malheur de nous engager dans une voie dans laquelle un véhicule de la fourrière était en plein opération en train de déposer une voiture récupérée Dieu sait où...à moins qu'il n'ait été à ce moment là en train de mater les naturistes, Dieu fait ce qu'il veut. Après quelques minutes la voie se libéra et à la grande joie du Neptunien qui trépignait d'impatience contrite et de fatigue qu'on traite (en dormant) nous pûmes à nouveau installer confortablement Ulysse sur une place. Et, à nouveau, nous nous découvrîmes aveugles face à la machine indiquant P comme parcmètre, payer, parking et pasteurisation (ce récit ne parle pas du tout assez de lait).
Dans la rue longeant la mer, perpendiculaire à celle où reposait Ulysse en paix (bien vivante et bien en plein cagnard) se trouvaient deux ou trois restaurants aussi vides que la pizzeria londonienne de la veille. Nous en choisîmes un car si nous étions aveugles nous n'étions pas sourds aux protestations de nos ventres. La faim et le pifomètre entremêlés furent cette fois-ci plutôt de bons conseillers pour le restaurant où nous mangeâmes tout à fait convenablement. Qu'il y ait des frites et de la viande au menu n'étonnera personne parmi ceux ayant lu les 54 pages précédentes. Et que je ne me souvienne plus de ce qu'était la viande en question ne surprendra aucun cerveau attentif aux lacunes béantes de mes descriptions dans ce récit que j'ai fait le choix de rédiger sans notes ni recherches ce qui en limite certainement la portée factuelle.
Sans larmes, ni haine, ni violence nous sortîmes de notre ultime rendez-vous culinaire en territoire britannique et nous retrouvâmes Ulysse, toujours au soleil et toujours sans la moindre amende à déplorer. Ce qui prouve plus notre chance que d'éventuelles déficiences du système policier anglais. Partir de Brighton fut comme on peut le deviner à la lecture des paragraphes précédents un déchirement tout relatif pour nos petits cœurs pleins du seul marin que nous nous apprêtions aussi à quitter sous peu. Nous avions une marge assez grande jusqu'à l'heure d'embarquement (une heure qui ne ment pas) de notre ferry, à savoir 20h maximum pour un départ à 20h50... sur le papier. Nous passâmes devant une plage alors que je m'étais mis de nouveau à jouer de la guitare côté passager...
J'ouvre ici une 284ème parenthèse pour souligner que jouer de la guitare sur route est un défi ardu - surtout pour un musicien si peu expérimenté que moi. Plaquer des accords avec un manche tremblotant, pour le maladroit que je suis de surcroît, est un exercice de style périlleux. Ajoutez aux soubresauts occasionnés par le goudron le bruit du moteur, les virages et ronds-points transformant le Fa en Fa# (donc en fadaises) et autres péripéties occasionnelles et vous comprendrez...que ce fut un vrai plaisir !
Nous passâmes devant une plage, narrais-je, quand Le_neptunien eut la bonne idée de proposer une baignade. Quoi qu'un peu paumée et en quasi bord de route la plage en question n'en était pas moins plus agréable qu'à Brighton. Plus vide, aussi, mais moins nue. Le paisible plutôt que le bétonné. Et le silence plutôt que l'effervescence des citadins en attirails de vacanciers côtiers, bariolés de couleurs et variolés de réflexes d'urbains par sortis ni du sable, ni de leur bain quotidien de stress. Dans leur majorité les plages anglaises me laisseront un souvenir plutôt bon - beaucoup plus que les serveurs et je ne parle même pas des serveuses. Et puis la Manche fut moins irritante pour ma peau de bébé brûlé au deuxième degré que d'autres eaux. S'il fallait trouver les arguments les plus futiles pour conseiller un voyage sur la côté sud anglaise je crois bien que j'ai déniché là des pépites d'argumentation vaseuse !
Le bain effectué nous remontâmes à bord d'Ulysse désormais rodées aux marche-arrêt que nous lui imposions sans cesse ni vergogne. Douvres était notre ultime point de chute (mais pendant le séjour point de chute à déplorer) en ce cinquième jour du voyage mais avant de prendre le ferry Le_neptunien fut traversé d'une illumination, d'une idée fulgurante, d'un éclair de lucidité post-prandial dont il a seul le secret: "Tiens, si on lavait le pare-brise de la voiture ?". Le pare-brise était crado, il faut bien l'admettre. Je ne commenterai pas en revanche parce que j'ai bon fond l'opportunité pressante de laver les vitres en Angleterre plutôt qu'en France et ce alors que nous n'avions plus un sou sur nous en liquide local (la livre, pas le whisky). De surcroît nous étions déjà arrivés dans la voie du port menant à notre ferry lorsque Le_neptunien s'agita de ce besoin urgent. Ce qui occasionna un magnifique demi-tour pour sortir du port en suivant une chouette. Car, oui, dans le port de Douvres le panneau indiquant la sortie est surplombé d'une chouette (un dessin de chouette, hein, pas une chouette empaillée...quoique je n'ai pas vérifié).
Chouette ! Nous trouvâmes non loin de là une première station de lavage...mais on ne pouvait y payer qu'en liquide. Puis une deuxième station, de lavage à la main cette fois. L'employé qui nous vit arriver eut sans doute pitié d'Ulysse, son pare-brise tâché de toutes parts et son immatriculation française. Cela lui rappela peut-être ses aventures, ou celles de sa famille, pour immigrer en Grande-Bretagne car il n'avait pas le physique de l'anglais pur souche (Un "Nan mais t'as vu ta tronche, à toi ?", me paraît ici approprié mais je ne veux pas influencer les réactions du lecteur). Toujours est-il que ce fut gratuitement, mais cette fois sans frauder, que deux des employés de la station astiquèrent le pare-brise d'Ulysse qui se sentit certainement soulagée de quelques grammes. Quant à nous autres passagers nous n'avions plus l'impression de rouler dans le brouillard. L'employé qui nous avait accueilli nous salua en français d'un "Au revoir !". J'en tire la conclusion suivante: pour avoir des serveurs corrects au Royaume-Uni il faut manger dans une station de lavage. Bien sûr c'est risqué d'un point de vue alimentaire... à la limite, emmener son propre repas et le manger avec les "boys" de la station pourrait fonctionner. C'est une idée à creuser.
Nous pouvions désormais retourner à l'embarquement du ferry. Nous aurions pu y aller les yeux fermés, connaissant désormais le chemi, mais se priver d'un pare-brise presque immaculé eut été criminel. Pour la deuxième fois nous passâmes devant le guichet d'accueil. Clin d'oeil appréciable, le guichet en question ouvrait de nouveau alors même que nous arrivions ce qui nous permit de gruger royalement tous les véhicules alignés dans la seule file d'attente encore ouverte jusqu'alors. La joie teintée de mesquinerie fut donc l'un de nos derniers sentiments sur le sol anglais et je n'en suis pas fier. Mais c'était tout de même assez jouissif d'imaginer les mines dépitées des conducteurs, volant à droite ou à gauche, que nous doublâmes tranquillement. Après tout j'ai donné au fil de ce récit suffisamment d'éléments pour que nous soyons tous deux - ou trois - moqués. Quelques coups de griffe pour les autres ne sauraient être de trop.
Le ferry qui nous accueillait, nommé Berlioz, était le symbole de toute une histoire. Histoire sociale d'abord parce que la compagnie Myferrylink qui l'exploite n'est autre que la proche descendante de Sea France dont les difficultés firent les gros titres il y a quelques années. Histoire économique ensuite car la même compagnie est au cœur d'un litige. La commission britannique de la concurrence a demandé l'arrêt des activités de la compagnie au motif que les prix pratiqués nuisent au marché de la traversée de la Manche. Hasard du calendrier cette décision de la commission tomba le lendemain du jour où nous réservâmes. Preuve supplémentaire de mon flair infaillible puisque c'est moi qui avait choisi la compagnie.
Qu'on se rassure, le ferry nous ramenant à bon port français était bien là en ce 19 juillet. Entre une décision de commission et son application bien des mois peuvent s'écouler* d'autant plus que compagnie et gouvernement français ne l'entendent pas de cette oreille - ni de l'autre ... est-ce encore la faute de ce satané accent anglais ?
Bien sûr, le ferry ne partit pas à l'heure. Cela permit au Neptunien de faire un comparatif poussé des clients de Britanny Ferries, compagnie empruntée à l'aller, et de Myferrylink, compagnie low-cost. Incapable de me doter d'un œil aussi acéré que le sien sur ces choses là je ne tenterai pas une synthèse de ses pertinentes conclusions mais je puis résumer la chose ainsi: il y avait plus de pauvres au retour. Entendez par là, à ses yeux, (Oui, entendre à ses yeux !) des gens moins bien éduqués donc plus bruyants, des enfants chamailleurs et peu respectueux du touriste habitué à d'autres standings. Le voyage ne durant qu'une heure et demi à peine et avec un passage dans la splendide cafétaria proposée à bord - le prix des plats avoisinait le prix des billets - Le_neptunien et moi supportâmes fort bien les désagréments.
Pour tuer le temps au lieu de tuer des enfants et des pauvres bougres nous nous mîmes à l'un de ces jeux typiques de files d'attente de parcs d'attraction. L'un donne un mot, le suivant donne un mot commençant par la dernière syllable du premier mot, et ainsi de suite. Exemple: cétacé - céphalée - lépidoptère - termite - mythologie - gisement - menteur - heure d'été (oui, expressions, noms propres et onomatopées sont tolérés). Les 90 minutes filèrent ainsi sans accrocs.
Et Calais, qu'allait bien, fut là (comme Pierre). Cela marquait la fin de notre séjour anglais, de ce petit road-trip où nos tripes ne furent pas trop mises à contribution. Tintagel, Portland, Portsmouth, Londres et Brighton, autant de lieux croisés fugacement laissant belles images et pour ma part moches photos, mais de beaux souvenirs.
Rejoignant Lille à droite et sans encombres nous pouvions féliciter Ulysse de son abnégation et Le_neptunien de la sienne. Il me plairait ici de trouver des raisons de me féliciter moi-même car j'adore ça, mais elles ne pourraient qu'être capillotractées Et il faudrait un tractopelle pour tracter ce qui se trouve là-haut perché anarchiquement sur mon crâne. Me réjouir je puis (Yoda le retour !) en revanche d'avoir pu vivre ces quelques jours en terre inconnue et sans Frédéric Lopez. De l'île à Lille, la boucle fut bouclée..
* La compagnie a fait appel. Le jugement est prévu pour fin octobre 2013.
Nous nous étions levés tranquillement et Ulysse nous amena avec son habituel sérieux consciencieux vers le sud, retrouver la côte et la mer qui nous avait cruellement manqué la veille lors de notre escapade en capitale. Brighton fut atteinte en début de matinée. Moi, je l'étais depuis longtemps (atteint).
Fut-ce le soleil, au tapage diurne ravageur sur nos crânes ? Fut-ce la malchance? Fut-ce la maladresse ? Toujours est-il que lorsque nous posâmes Ulysse sur les places de parking qui longent la côte et descendîmes vers la plage, nous en eûmes assez peu pour notre argent - heureusement nous avions encore une fois fraudé, atteints (encore !) d'un accès de cécité soudain en passant devant le parcmètre. La plage était non seulement parfaitement quelconque dans sa forme - les plages bretonnes ou même de Portsmouth présentant l'intérêt d'un paysage joliment varié - mais c'était en plus une plage...naturiste ! Chose dont, dans la grande sagacité qui m'anime, je ne m'aperçus qu'après une bonne dizaine de culs nus. Comment convaincre Le_neptunien par la suite que la pratique naturiste était bien loin de mes hobbies, et plus encore de mes préoccupations ? Nous quittâmes les culs nus avec grande dignité- et avec des vêtements - mais j'exagérerais à peine si j'affirmais que ce spectacle eut au moins l'avantage de mettre du piment dans le pudding mou que me sembla être Brighton? Le piment dans le pudding étant vraiment un mélange infect rien qu'à l'imaginer, je pense avoir réussi par cette image à convaincre Le_neptunien que le naturisme et moi c'est à peu de choses près comme une brosse à cheveux et moi. Je salue cependant tous les naturistes qui ne me lisent pas, les félicitant de savoir s'abstraire et s'extraire des délires consuméristes vestimentaires qui ont cours jusqu'à la plage - jusque dans l'eau !
Reprenant Ulysse sur son parking et sans la moindre amende nous cherchâmes à trouver un lieu dans le centre-ville pour, une dernière fois sur le sol anglais, ravitailler nos panses. Et si les gens sont nus sur les plages à Brighton, les places de parking sont quant à elles bien habillées de voitures. Nous eûmes le grand malheur de nous engager dans une voie dans laquelle un véhicule de la fourrière était en plein opération en train de déposer une voiture récupérée Dieu sait où...à moins qu'il n'ait été à ce moment là en train de mater les naturistes, Dieu fait ce qu'il veut. Après quelques minutes la voie se libéra et à la grande joie du Neptunien qui trépignait d'impatience contrite et de fatigue qu'on traite (en dormant) nous pûmes à nouveau installer confortablement Ulysse sur une place. Et, à nouveau, nous nous découvrîmes aveugles face à la machine indiquant P comme parcmètre, payer, parking et pasteurisation (ce récit ne parle pas du tout assez de lait).
Dans la rue longeant la mer, perpendiculaire à celle où reposait Ulysse en paix (bien vivante et bien en plein cagnard) se trouvaient deux ou trois restaurants aussi vides que la pizzeria londonienne de la veille. Nous en choisîmes un car si nous étions aveugles nous n'étions pas sourds aux protestations de nos ventres. La faim et le pifomètre entremêlés furent cette fois-ci plutôt de bons conseillers pour le restaurant où nous mangeâmes tout à fait convenablement. Qu'il y ait des frites et de la viande au menu n'étonnera personne parmi ceux ayant lu les 54 pages précédentes. Et que je ne me souvienne plus de ce qu'était la viande en question ne surprendra aucun cerveau attentif aux lacunes béantes de mes descriptions dans ce récit que j'ai fait le choix de rédiger sans notes ni recherches ce qui en limite certainement la portée factuelle.
Sans larmes, ni haine, ni violence nous sortîmes de notre ultime rendez-vous culinaire en territoire britannique et nous retrouvâmes Ulysse, toujours au soleil et toujours sans la moindre amende à déplorer. Ce qui prouve plus notre chance que d'éventuelles déficiences du système policier anglais. Partir de Brighton fut comme on peut le deviner à la lecture des paragraphes précédents un déchirement tout relatif pour nos petits cœurs pleins du seul marin que nous nous apprêtions aussi à quitter sous peu. Nous avions une marge assez grande jusqu'à l'heure d'embarquement (une heure qui ne ment pas) de notre ferry, à savoir 20h maximum pour un départ à 20h50... sur le papier. Nous passâmes devant une plage alors que je m'étais mis de nouveau à jouer de la guitare côté passager...
J'ouvre ici une 284ème parenthèse pour souligner que jouer de la guitare sur route est un défi ardu - surtout pour un musicien si peu expérimenté que moi. Plaquer des accords avec un manche tremblotant, pour le maladroit que je suis de surcroît, est un exercice de style périlleux. Ajoutez aux soubresauts occasionnés par le goudron le bruit du moteur, les virages et ronds-points transformant le Fa en Fa# (donc en fadaises) et autres péripéties occasionnelles et vous comprendrez...que ce fut un vrai plaisir !
Nous passâmes devant une plage, narrais-je, quand Le_neptunien eut la bonne idée de proposer une baignade. Quoi qu'un peu paumée et en quasi bord de route la plage en question n'en était pas moins plus agréable qu'à Brighton. Plus vide, aussi, mais moins nue. Le paisible plutôt que le bétonné. Et le silence plutôt que l'effervescence des citadins en attirails de vacanciers côtiers, bariolés de couleurs et variolés de réflexes d'urbains par sortis ni du sable, ni de leur bain quotidien de stress. Dans leur majorité les plages anglaises me laisseront un souvenir plutôt bon - beaucoup plus que les serveurs et je ne parle même pas des serveuses. Et puis la Manche fut moins irritante pour ma peau de bébé brûlé au deuxième degré que d'autres eaux. S'il fallait trouver les arguments les plus futiles pour conseiller un voyage sur la côté sud anglaise je crois bien que j'ai déniché là des pépites d'argumentation vaseuse !
Le bain effectué nous remontâmes à bord d'Ulysse désormais rodées aux marche-arrêt que nous lui imposions sans cesse ni vergogne. Douvres était notre ultime point de chute (mais pendant le séjour point de chute à déplorer) en ce cinquième jour du voyage mais avant de prendre le ferry Le_neptunien fut traversé d'une illumination, d'une idée fulgurante, d'un éclair de lucidité post-prandial dont il a seul le secret: "Tiens, si on lavait le pare-brise de la voiture ?". Le pare-brise était crado, il faut bien l'admettre. Je ne commenterai pas en revanche parce que j'ai bon fond l'opportunité pressante de laver les vitres en Angleterre plutôt qu'en France et ce alors que nous n'avions plus un sou sur nous en liquide local (la livre, pas le whisky). De surcroît nous étions déjà arrivés dans la voie du port menant à notre ferry lorsque Le_neptunien s'agita de ce besoin urgent. Ce qui occasionna un magnifique demi-tour pour sortir du port en suivant une chouette. Car, oui, dans le port de Douvres le panneau indiquant la sortie est surplombé d'une chouette (un dessin de chouette, hein, pas une chouette empaillée...quoique je n'ai pas vérifié).
Chouette ! Nous trouvâmes non loin de là une première station de lavage...mais on ne pouvait y payer qu'en liquide. Puis une deuxième station, de lavage à la main cette fois. L'employé qui nous vit arriver eut sans doute pitié d'Ulysse, son pare-brise tâché de toutes parts et son immatriculation française. Cela lui rappela peut-être ses aventures, ou celles de sa famille, pour immigrer en Grande-Bretagne car il n'avait pas le physique de l'anglais pur souche (Un "Nan mais t'as vu ta tronche, à toi ?", me paraît ici approprié mais je ne veux pas influencer les réactions du lecteur). Toujours est-il que ce fut gratuitement, mais cette fois sans frauder, que deux des employés de la station astiquèrent le pare-brise d'Ulysse qui se sentit certainement soulagée de quelques grammes. Quant à nous autres passagers nous n'avions plus l'impression de rouler dans le brouillard. L'employé qui nous avait accueilli nous salua en français d'un "Au revoir !". J'en tire la conclusion suivante: pour avoir des serveurs corrects au Royaume-Uni il faut manger dans une station de lavage. Bien sûr c'est risqué d'un point de vue alimentaire... à la limite, emmener son propre repas et le manger avec les "boys" de la station pourrait fonctionner. C'est une idée à creuser.
Nous pouvions désormais retourner à l'embarquement du ferry. Nous aurions pu y aller les yeux fermés, connaissant désormais le chemi, mais se priver d'un pare-brise presque immaculé eut été criminel. Pour la deuxième fois nous passâmes devant le guichet d'accueil. Clin d'oeil appréciable, le guichet en question ouvrait de nouveau alors même que nous arrivions ce qui nous permit de gruger royalement tous les véhicules alignés dans la seule file d'attente encore ouverte jusqu'alors. La joie teintée de mesquinerie fut donc l'un de nos derniers sentiments sur le sol anglais et je n'en suis pas fier. Mais c'était tout de même assez jouissif d'imaginer les mines dépitées des conducteurs, volant à droite ou à gauche, que nous doublâmes tranquillement. Après tout j'ai donné au fil de ce récit suffisamment d'éléments pour que nous soyons tous deux - ou trois - moqués. Quelques coups de griffe pour les autres ne sauraient être de trop.
Le ferry qui nous accueillait, nommé Berlioz, était le symbole de toute une histoire. Histoire sociale d'abord parce que la compagnie Myferrylink qui l'exploite n'est autre que la proche descendante de Sea France dont les difficultés firent les gros titres il y a quelques années. Histoire économique ensuite car la même compagnie est au cœur d'un litige. La commission britannique de la concurrence a demandé l'arrêt des activités de la compagnie au motif que les prix pratiqués nuisent au marché de la traversée de la Manche. Hasard du calendrier cette décision de la commission tomba le lendemain du jour où nous réservâmes. Preuve supplémentaire de mon flair infaillible puisque c'est moi qui avait choisi la compagnie.
Qu'on se rassure, le ferry nous ramenant à bon port français était bien là en ce 19 juillet. Entre une décision de commission et son application bien des mois peuvent s'écouler* d'autant plus que compagnie et gouvernement français ne l'entendent pas de cette oreille - ni de l'autre ... est-ce encore la faute de ce satané accent anglais ?
Bien sûr, le ferry ne partit pas à l'heure. Cela permit au Neptunien de faire un comparatif poussé des clients de Britanny Ferries, compagnie empruntée à l'aller, et de Myferrylink, compagnie low-cost. Incapable de me doter d'un œil aussi acéré que le sien sur ces choses là je ne tenterai pas une synthèse de ses pertinentes conclusions mais je puis résumer la chose ainsi: il y avait plus de pauvres au retour. Entendez par là, à ses yeux, (Oui, entendre à ses yeux !) des gens moins bien éduqués donc plus bruyants, des enfants chamailleurs et peu respectueux du touriste habitué à d'autres standings. Le voyage ne durant qu'une heure et demi à peine et avec un passage dans la splendide cafétaria proposée à bord - le prix des plats avoisinait le prix des billets - Le_neptunien et moi supportâmes fort bien les désagréments.
Pour tuer le temps au lieu de tuer des enfants et des pauvres bougres nous nous mîmes à l'un de ces jeux typiques de files d'attente de parcs d'attraction. L'un donne un mot, le suivant donne un mot commençant par la dernière syllable du premier mot, et ainsi de suite. Exemple: cétacé - céphalée - lépidoptère - termite - mythologie - gisement - menteur - heure d'été (oui, expressions, noms propres et onomatopées sont tolérés). Les 90 minutes filèrent ainsi sans accrocs.
Et Calais, qu'allait bien, fut là (comme Pierre). Cela marquait la fin de notre séjour anglais, de ce petit road-trip où nos tripes ne furent pas trop mises à contribution. Tintagel, Portland, Portsmouth, Londres et Brighton, autant de lieux croisés fugacement laissant belles images et pour ma part moches photos, mais de beaux souvenirs.
Rejoignant Lille à droite et sans encombres nous pouvions féliciter Ulysse de son abnégation et Le_neptunien de la sienne. Il me plairait ici de trouver des raisons de me féliciter moi-même car j'adore ça, mais elles ne pourraient qu'être capillotractées Et il faudrait un tractopelle pour tracter ce qui se trouve là-haut perché anarchiquement sur mon crâne. Me réjouir je puis (Yoda le retour !) en revanche d'avoir pu vivre ces quelques jours en terre inconnue et sans Frédéric Lopez. De l'île à Lille, la boucle fut bouclée..
* La compagnie a fait appel. Le jugement est prévu pour fin octobre 2013.
Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
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Brighton, Royaume-Uni
mercredi 17 juillet 2013
De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 5 - 18/07/2013
Chapitre 5 - 18/07/2013
Dans le film musical "Les bien-aimés", de Christophe Honoré, l'un des personnages féminins se retrouve perdu divaguant dans Londres, éperdue d'un amour impossible qui lui a filé entre les doigts. Sur une musique et avec les mots d'Alex Beaupain qui a composé la BO du film, elle chante :
"Ici Londres, j'appelle, je sais plus d'où
J'ai du confondre c'est le fog et tout est flou
Est-ce le brouillard, ou moi qui suis noire?
Ici Londres, j'appelle, je sais plus qui
Personne pour répondre, aux stations pas de taxi
Est-ce la Tamise ou moi qui suis grise ?
Ici Londres, j'appelle, je sais plus quand
Big Ben a du fondre et il est plus d'heure à présent
Est-ce Oxford Street, ou moi qui suis triste ?"
Pour atteindre Londres depuis l'hôtel il nous fallait emprunter une navette nous amenant à la gare ferroviaire de l'aréoport de London Gatwick (2 minutes d'arrêt...©La Cité de la Peur). La dernière navette partait à 10h et nous étions bien sûr à la réception à ... 10h02. Coup de chance, la navette démarrait juste et nous l'attrapâmes au vol et ce bien que tout comme un ferry une navette ne vole pas dès lors qu'elle n'est pas spatiale. Enfin non, pas comme un ferry, parce qu'un ferry spatial,ça existe pas, faut pas mentir aux petits enfants qui ne me lisent pas.
Prendre le train vers Londres se fit ensuite sans frayeur, l'occasion de constater que les trains anglais sont...parfaitement quelconques. A ceci près que le notre partit à l'heure mais l'on ne saurait extrapoler sur l'efficacité du système ferroviaire britannique dans son ensemble. Peu après 11h la gare de London Victoria était là, majestueuse mais si peu Victorienne si l'on considère qu'une accumulation de commerces en tous genres n'a que peu de choses à voir avec la glorieuse histoire du pays et son pan victorien qui en fit, et fait, la fierté.
La chance semblait avec nous en ce début de journée. Non seulement nous n'eûmes pas à déplorer le moindre attentat terroriste mais en plus notre première destination était Buckingham Palace. Destination tout à fait banale mais pratique puisqu'elle ne se situe qu'à quelques minutes de marche de la gare Victoria. Destination heureuse en cela que la relève de la garde royale avait lieu, en ce jeudi comme chaque jour d'été, à 11h30 et que nous nous pointâmes (un verbe qui supporte assez mal le passé simple) à Buckingham à ... 11h30. Comme quoi l'improvisation a les vertus de la bonne - ou mauvaise - surprise. Ce serait mentir cependant que de déclarer que le spectacle de la relève est bouleversant, remue le cœur et les tréfonds de l'âme, étourdit l'esprit de son éclat et mène le corps aux frontières de la jouissance et des limbes de l'onirisme. Un être rétif au poids de la tradition comme je le suis se devait de trouver quelques réserves à l'exercice hautement costumé et chorégraphié qui se présenta à nos vues ce qui ne m'empêcha pas comme tout clampin béat à juste titre de prendre des photos - et de les rater, comme tout clampin n'ayant d'usage de son appareil photo que pour capter des moments de vie qu'il finit par ne pas vivre du tout à force de se cacher derrière son appareil...
Il ne faut pas conclure de cette saillie mesquine que toute forme de tourisme me répugne auquel cas cette semaine n'aurait été qu'un grand moment de masochisme. J'ai sans nul doute quelques difficultés avec le tourisme du "Faut avoir vu ceci, faut se souvenir de cela, faut acheter cela ici et ceci là". Une forme dangereuse car seules comptent alors façades et cases cochées dans le guide du bon visiteur. Telle est ma réticence vis-à-vis de l'activité touristique: programmer laisse souvent moins de place à la découverte que se laisser surprendre et errer - et puis de toute façon lorsqu'on programme d'aller à un endroit on se perd si souvent qu'on finit par errer, mais desesp-erré.
Cette précision effectuée sur mon état d'esprit - précision qui j'en suis sûr aura ému tout un chacun - je reprends le récit devant les grilles fermées de Buckingham Palace assaillies de touristes. Le monument restera façade pour nous mais on ne peut nier son imposante majesté, sauf quand je le prend en photo de travers. Est-ce la multiculturalité culinaire de mon séjour qui se transvasa à l'architecture, de telle sorte que ma main tenant maladroitement l'appareil se mit en mode "Tour de Pise ?". Dans ce cas, l'arc de cercle que nous traçâmes ensuite pour contourner la foule serait une référence au Colisée ? C'est sans doute aller un peu loin dans l'extrapolation d'autant que nous croisâmes bien plus de français que d'italiens en ces lieux. Français qui râlaient, en général. Ce n'est donc pas en cet été 2013 que s'améliorera l'image du touriste français, j'en ai peur, alors que Le_neptunien et moi arboriions un sourire de tous les instants. Et si tu m'crois pas,hé...vous connaissez la suite !
St James Park se présenta ensuite à nous, et ce bien que St James Park soit dépourvu de parole et du moindre sens de la politesse. Un long parc boisé, verdi (comme Giuseppe) à souhait mais dont je ne profitai pas à plein puisque je choisis ce moment pour me poser des questions existentielles sur le sens de la vie et de la mienne. Ainsi que le film du même nom des Monty Python le laisse caustiquement supposer, le non-sens de la vie est une notion beaucoup plus intéressante et facile à gérer dès lors qu'on l'accepte. Un vaste travail que la traversée du Park ne suffit pas à mener à terme. Au milieu de ces méandres psychiques notre chemin nous mena jusqu'à Trafalgar Square et son monument en hommage à l'admirable Nelson qui, tout admirable qu'il fut, mourut en se prenant un gros boulet de canon dans la che-tron. Les armes n'ont aucun respect pour la grandeur des hommes et elles parviennent même à annihiler toute grandeur en eux - faire "pan pan" est tellement rigolo, surtout quand ça gicle !
Sur le Square se préparait pour le soir (ça rime, en prononçant square à la française) un écran géant retransmettant (ça rime aussi) un opéra (ça rime plus). Pour l'heure la seule chose qui opérait était la chaleur. Disons plutôt qu'elle anesthésiait. Raison pour laquelle nous nous réfugiâmes dans la grande bâtisse de la National Gallery qui présentait la vertu majeure de la gratuité. En dépit de mon faible attrait déjà évoqué pour le musée en tant que lieu culturel je me laissai tenter par la clim...par les peintures, pardon (un seul et pas deux, car il n'y avait aucune photo de Depardon dans le musée). Ce fut l'occasion de croiser quelques noms connus même de notre commune inculture, surtout des noms français. Manet et Monet trônaient (ça rime à nouveau) côté à côté, l'occasion de vérifier qu'ils n'étaient pas Monet blanc et blanc Manet. D'ailleurs Le_neptunien indiqua sa nette préférence pour l'un des deux...mais je ne sais plus duquel des deux il s'agissait, Claude ou Édouard. Si la visite ne s'éternisa point ce n'est pas par manque d'intérêt mais bien par goinfrerie, l'heure du déjeuner ayant été plus qu'atteinte pour nos horloges internes.
Cohérents avec notre incohérence nous déjeunâmes...dans une pizzeria. Pour notre défense nous avions trouvé avant cela un pub dans lequel plus aucune place n'était libre et dont le charme ne suffit pas à nous convaincre d'attendre qu'une table se libère; le serveur nous convainquit encore moins, ne nous accordant qu'un vague intérêt à nous et à notre détresse alimentaire toute relative. La pizzeria, elle, était pour ainsi dire vide ? Ce qui n'empêcha pas le serveur de combiner avec grande dextérité incapacité au sourire (ça me rappela deux serveuses), lenteur au servir et nonchalance dans l'inaction qui forcèrent mon admiration alors même qu'un papier publicitaire vantait les mérites de l'enseigne, le visage éclairé et la disponibilité sans faille des serveurs. A sa décharge il était assez tard surtout pour un anglais et il me paraît probable qu'il fut fatigué. Je le lui accorde bien volontiers, et ce alors qu'il ne me reverra sans doute jamais et n'a rien demandé, car j'étais moi-même d'une lourdeur patraque assez remarquable.
Sous le soleil de plomb qui enfermait Londres dans le cocon étouffant de sa pollution la suite du programme nous attendait. "Big Ben a dû fondre" s'avéra n'être que parole de chanson car Big Ben était bien là quand nous nous approchâmes après un peu de marche - tout faire à pied ne fut pas la moindre de nos fiertés. L'opportunité d'une énième photo débile - moi, dans une cabine téléphonique rouge dépassant aisément les 40° en son intérieur, faisant semblant de répondre au téléphone (moi, pas la cabine). Tout cela se déroulant sous le regard de Big Ben, qui n'a pourtant pas d'yeux (ni maître), en arrière-plan. On s'amuse comme on peut ! A côté du gros Ben se trouve le parlement anglais, haut lieu de la démocratie anglais, avec House of Commons et House of Lords (la part de démocratie réservée aux nobles) mêlés dans un beau bâtiment. Sans faire injure au Palais Bourbon, bien sûr, ni à celui du Luxembourg très jolis aussi mais moins anglais - merci Cap'tain Obvious. Certaines mauvaises langues persifleront que ce qui se trame entre les murs n'est pas digne de cette façade mais je m'inscris en faux. Il est bien connu en effet que les députés ou sénateurs, ou Members of Parliament, font bien plus de dégâts en dehors de leurs palais respectifs que pendant les séances. Mais, une démocratie d'incorruptibles nécessiterait des élus enfermés toute l'année, 24h/24, sans lien avec l'extérieur et les forces du lobby. Une démocratie d'incorruptibles serait donc déconnectée de tout. Le grand paradoxe du système démocratique !
Sur ces considérations politiques d'un très haut niveau (la hauteur d'un comptoir de bar) nous étions en quête d'un autre monument English Hertiage, la Tour Jewel. Un peu à l'image du château de Portland il eut fallu une vision bionique pour trouver au premier coup d’œil cette petite tour qui servit jusqu'à la fin du XIXème siècle d'entrepôt pour les archives de la Chambre des Lords. C'est là que réside l'essentiel de l'intérêt de la qui n'est pas par ailleurs, et à juste titre, le monument le mieux indiqué de Londres. Elle fut cependant le théâtre de quelques péripéties et survécut notamment à un incendie qui ravagea les alentours en 1834, une bonne partie des monuments de Westminster étant touchés ... sauf la Tour Jewel qui résiste encore et toujours au fire envahisseur (ça rime, mais en prononçant 'fire' à l'anglaise, cette fois). Construite en 1364 par Edward III la tour fut également le lieu de quelques chamailleries entre d'un côté la Royauté)ça rime) et ses proches jardins, et de l'autre les ecclésiastiques et leur proche Abbey. Ces derniers durent séparer la tour de leur bâtiment car le roi ne souhaitait pas que la construction empiète sur ses précieux "gardens". Ils le durent, avec un mur, ce fut dur et ça dure (ça rime plein de fois !) encore puisque le mur construit à l'occasion fait partie la Westminster School. Oui, une vraie affaire de cour d'école !
Comme quoi même une modeste tour un peu excentrée et cachées peut renfermer bien des histoires, preuve supplémentaire qu'il y a beaucoup moins de grands monuments que de petites histoires piquantes. Un peu fatigués et en sueur il nous parut judicieux à moi ainsi qu'au Neptunien qui s'endormait de nous poser dans le parc jouxtant la Victoria Tower, juste en face de la Tour Jewel et à côté du Parlement. Raconter deux heures de sieste - pour lui - ou d'écriture - pour moi - serait périlleux au vu et au lu du fourmillement d'inutilités tartinées dans ce récit. Mains ainsi revigorés par cette pause à l'ombre fraîche d'un arbre, non loin de jeunes s'entraînant au foot, nous pûmes donner notre dernier coup de rein du jour.
Direction Piccadilly Circus et ses enseignes chatoyantes aux odeurs de souvenirs industriels à la pelle, et à l'appel. Pas du mien, ni de (de) Gaulle mais bien de nombreuses personnes à en coire la foule qui se massait devant Big Ben en assiette, Westminster Abbey en mug ou les Beatles en slip - les Beatles dessinés sur des slips, pas les vrais en chair et en os dénudés, je précise. Surtout que Lennon dénudé, dans son état actuel en os plus qu'en chair, ça n'attirerait que les esprits friands de macabre...ça ferait un paquet de monde quand même à bien y réfléchir. Nous entrâmes dans un magasin et tandis que je fermai les yeux Le_neptunien s'acquittait lui sans mes bêtes arrière-pensées de la tâche qu'il s'était fixée: trouver quelques cadeaux et souvenirs pour les membres de sa famille. Vêtements et vaisselle en main - en cas plutôt - nous partîmes en quête de notre quête désormais routinière, celle d'un lieu pour nous rassasier. Au moins savions-nous cette fois où aller puisqu'en nous rendant à Piccadilly 'Consumption' Circus nous étions passés devant un de ces restaurants où la nourriture circule sur des tapis roulants, le client n'ayant qu'à choisir parmi ce qui lui passe devant le nez. Ou le dos...après tout si le client a envie de s'asseoir dans l'autre sens grand bien lui fasse, le client est roi après tout, surtout en Angleterre? Même si attraper un plat devient alors péripétie. Petits jours nous nous installâmes de face et mangeâmes. Le restaurant était spécialisé dans les sushis et pour une première, en ce qui me concerne, l'expérience ne fut pas du tout désagréable une fois s'être fait à l'idée de manger devant la cuisine du restaurant.
Plat après plat notre faim s'estompa (devinez quoi...ça rime !) alors que le soir tombait sur Londres. Sortant du restaurant nos pas nous menèrent avec notre fougue restante vers Trafalgar Square à nouveau, où était diffusé sur l'écran installé le matin un opéra. Lequel était-ce, mon ignorance en la matière m'interdit de le préciser. Je puis conter qu'une femme y assassinait froidement un pauvre homme avant d'user de toute sa voix, réalisant l'horreur de son acte, pour psalmodier avec les yeux exorbités d'un lémurien quelque complainte, déchirante, grimpant dans les aigus sur la colonne de Trafalgar Square - heureusement que Nelson s'est pris un boulet, il était déjà déchiré donc immunisé, du coup. Le moment s'acheva bien vite car nous étions arrivés pour la fin, rejoignant une foule très conséquente.
Nous possédions encore un peu de temps, il nous fallait être à minuit au plus tard à l'aéroport de London Gatwick pour attraper la dernière navette nous ramenant à l'hôtel. Ce fut l'occasion pour nous de poser nos séants assez peu royaux sur l'herbe et sous l'arbre d'un espace vert non loin de là, à la nuit tombante offrant nos attentions un brin fatiguées. C'est dans cette douce quiétude que l'heure de retrouver la gare Victoria arriva. Le retour en train permit de se coltiner une famille de français qui occupait avec grande application l'espace sonore alors même que ses membres se sustentaient et que, c'est bien connu, on ne parle pas la bouche pleine quand on est bien élevé. Sur ce nouveau coup porté au prestige de notre glorieux hexagone, prestige en pleine hexagonie, c'est bons pieds bons yeux que nous montâmes ensuite dans la navette, ni spatiale ni spéciale, qui contenait la bagatelle de ... trois voyageurs, nous compris.
Cachant au mieux notre appartenance à la tribu des mangeurs de grenouille - ce que je fis d'autant plus facilement que je n'aime pas ça, les grenouilles - nous avions survécu à l'enfer londonien ! Bien sûr, un jour de visite est un laps de temps bien court pour tirer la substantifique moelle d'une ville telle que Londres mais Le_neptunien pourrait certainement narrer avec force détails tout ce qui fait la particularité de Londres? Comme ce n'est pas lui qui écrit, il faut se rendre à l'évidence, ces détails architecturaux, vestimentaires, signalétiques ou capillaires (ça rime une dernière fois) resteront en son âme - et conscience.
Le crochet par Londres représentait déjà l'avant-dernier jour de notre traversée ouest-est de la côté sud anglais. Un jour encore et le lendemain soir notre ferry nous ramènerait à Calais rouler à droite et cesser de donner la langue de Shakespeare au chat dans notre gorge, et à son accent bien français. Tout passe vite, et "le temps est assassin et emporte avec lui le rire des enfants" ... ainsi que celui de Miss Maggie si tant est qu'elle ait jamais ri (salut Renaud, toi qui nous a presque déjà quitté ... et cuité).
Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
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mardi 16 juillet 2013
De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 4 - 17/07/2013
Chapitre 4 - 17/07/2013
André Gide l'a écrit : "Il faut suivre sa pente, à condition de toujours la remonter." Fidèles à ce bon vieux Dédé, nous partîmes en ce 17 juillet de l'auberge de jeunesse de Portland vers les hauteurs de l'île. J'étais tout revigoré, pas tant par la nuit de sommeil que parce que j'avais réussi le matin à entretenir une conversation de plus de cinq minutes avec notre camarade de dortoir. L'homme, un anglais venant de Bristol, devait caresser la trentaine. Je parle ici de son âge et pas de ses pratiques nocturnes dans les dortoirs de 32 personnes, pratiques que j'ignore puisque notre dortoir avait une capacité limitée à 6 personnes.
Courageux, il avait entrepris un voyage à pied dans la région et crapahuté la veille sur plus de 30 kilomètres. Je ne demandai pas à cet homme aussi sympathique que chauve si c'est là qu'il avait perdu ses cheveux et ne lui proposai pas non plus de lui prêter les miens. C'est que je possède des cheveux uniques, que nul autre organisme ne saurait gérer. Le marcheur nourrissant quelque envie de visiter la France je me fis bien entendu un devoir de lui conseiller la Creuse dont les GRs sont probablement les endroits les plus excitants.
Si nous partîmes, cœur vaillant, vers les reliefs de l'île c'est aussi parce que nous avions eu droit à un "English breakfast" préparé spécialement par la demoiselle qui savait visiblement couper autre chose que son accent avec la machette. Nous mangeâmes dans une salle décorée de deux tableaux, l'un décrivant moult manières de faire un nœud ce qui eut été utile si je ne possédais pas deux pieds gauches en lieu et place des mains, et l'autre présentant les différents drapeaux qui peuvent être hissés par un navire. Un code extrêmement précis et fouillé, il me semble que le drapeau "Passe-moi le sel" était bleu à pois blancs.
Champignons, haricots, saucisse et bacon. Tel est le "English breakfast". A 8h30 du matin le défi est d'abord psychologique surtout lorsque comme moi on est assez peu friand de champignons, et à ce à toute heure. Mais en dépit des réserves initiales issues du conservatisme latent en mon esprit obtus il faut bien admettre que l'expérience matinale ne fut pas désagréable, loin s'en faut. Le café-haricots n'est certes pas un mélange évident à première vue et à premier goût, mais au moins nous finîmes notre assiette avec la satisfaction du devoir accompli...et du costaud dans l'estomac.
Ainsi nourri, Le_neptunien conduisit avec la dextérité d'un Sébastien Loeb mais sans sa vitesse, ce qui est heureux pour les sièges d'Ulysse qui auraient assez peu goûté à la fantaisie d'être repeints de champignons tous droits issus des profondeurs de moi. Notre but était le château de Portland, autre lieu étiqueté "English Heritage" mais il s'avéra que la saucisse matinale ne possédait aucune protéine renforçant le sens de l'orientation. Les détours sans désagréments ainsi occasionnés nous permirent de nous arrêter sur un point de vue de l'île sur lequel des anneaux, cinq de leur nombre et olympiques de leur nom, célébraient le passage des JO de Londres non loin de là un an auparavant pour des épreuves de voile - cela va sans dire, mais mieux en le disant. Ce fut l'occasion d'une "photo débile" de plus: ma tête au milieu de l'anneau central.
Repartant vers le château nous arrivâmes au phare. Chose logique après tout: nous n'avions fait que suivre le fameux slogan "Plus vite, plus haut, plus phare" - tout se tient. L'important étant de participer nous fîmes un petit tour du phare, de taille moyenne (pas un très grand ni un nano-phare... ni un nénuphar) et prîmes des photos en bons touristes que nous étions. Le tout en laissant la voiture sur un parking payant que jamais nous ne payâmes - en bons escrocs que nous étions, sommes, serons et toutes les conjugaisons qu'il vous plaira.
Je sens de mon siège, qui est une chaise en plastique, vos entrailles se nouer, votre cœur se serrer, votre cerveau atteindre la surchauffe et vos nerfs s'agiter de mille décharges dont je me décharge totalement, face à la question suivante: avons-nous finalement trouvé le château de Portland ? Ce suspens insoutenable se doit de prendre fin avant que les lecteurs qui me restent ne trépassent d'hypertension: oui, nous le trouvâmes. Et en le dénichant nous comprîmes pourquoi nous ne l'avions pas trouvé immédiatement: outre son inutilité prouvée par la quasi-absence de combats qui s'y sont déroulés, le château de Portland est petit. Vraiment petit. Un châtounet, un castelet, un châtiot, prenez le néologisme qui vous sied et imaginez une bâtisse en pierres, de petite taille dans sa largeur comme dans sa hauteur, agrémentée malgré tout d'un jardin et d'une cour dans laquelle des canons pointent vers la mer qui s'en fiche bien. Son envergure limitée n'enlève rien par ailleurs à la bonne organisation de la visite qui offre notamment la possibilité de se grimer avec des costumes d'époque? Occasion inespérée pour une nouvelle séance de photos débiles avec en petit bonus pour moi une attente de 10 minutes, Le_neptunien étant au téléphone pour organiser la visite dont je ferai mention dans quelques lignes? Pourquoi ne retirai-je pas le costume durant ce laps de temps ? Parce que je suis un grand professionnel, et un gigantesque flemmard, preuve que les deux ne sont pas du tout incompatibles.
Sur la route de Brighton que nous suivîmes suite à ces palpitantes aventures vestimentaires (Palpites-tu, lecteur ?) se trouvait notre prochain objectif. Celui-ci était cher au cœur du Neptunien plus qu'au mien il faut l'admettre. Il s'agissait du musée des aéroglisseurs - hovercraft en bon anglais -, sortes de bateaux montés sur bouées qui jadis permettaient la traversée de la Manche en différents points (des villes de rêve: Le Havre, Calais...). La possibilité disparut dans les années 1990 face aux ferrys et au tunnel sous la Manche mais Le_neptunien se souvenait que gamin (ou minot, gone, petiot, choisissez la niaiserie locale qui vous convient) i lavait effectué la traversée sur un tel engin. Avanat d'admirer ces embarcations sur pneumatiques encore fallait-il trouver le musée et y entrer. Car le gérant, un certain Warwick, n'ouvrait ce dernier...que pour nous trois (Ulysse ayant bien le droit elle aussi d'observer ce qui était après tout des cousins de la famille Transport). Nous avions donc rendez-vous avec lui à 15h à l'adresse indiquée sur le site du musée. Impardonnable impair: nous étions en avance, et il s'avéra que le musée se trouvait au beau milieu de rien de moins qu'une base militaire. Les gardiens (qui se la pétaient un peu, quand même) nous demandèrent de revenir à l'heure du rendez-vous, Warwick n'étant pas encore là. Cela nous donna l'occasion d'aller dans un bar en bord de mer siroter un jus de fruit - et emplir son ventre, pour le vorace Neptunien, ou du moins en boucher quelques trous avec un sandwich au bacon.
A l'heure du rendez-vous, tous pimpants, nous ramenâmes nos fraises (une expression qui supporte assez mal le passé simple) à l'entrée de la base, et réglant quelques formalités d'inscription sur le registre des visiteurs nous pûmes ( un verbe qui supporte assez mla le passé simple) y attendre Warwick qui arriva en voiture flanqué de deux chiens tout à fait charmants. Beaucoup plus charmants que nombre d'êtres humains, fis-je par la suite la remarque au Neptunien qui soupira de mes postures pseudo-misanthropiques. La visite du musée put ensuite commencer. Le musée des aéroglisseurs ce sont en fait deux hangars remplis de ces machines, de toutes tailles et de toutes formes, avec entre les deux l'une des pièces maîtresses du lieu: un aéroglisseur, "The Princess Anne", ma sœur Anne, qui me vit bien venir quand j'y entrai. L'appareil pouvait recevoir plus d'une centaine de passagers et en visiter l'intérieur fut périlleux, non pas parce que des cadavres d'anciens passagers oubliés bloquaient le passage (un squelette s'enjambe, et sans jambes, très bien) mais en raison de la température. Celle-ci devait avoisiner les 60° une fois arrivé au fond de l'embarcation. Rien de bouleversant à voir, mais plein de sueur versant je continuai la visite. Pendant ce temps Le_neptunien s'était posé devant un film qui retraçait l'histoire des aéroglisseurs, film que j'avais abandonné au bout de cinq minutes. La fibre "musée" n'a jamais été en moi, en revanche la fibre "Sieste face à un écran allumé déversant longuement des informations pas toujours enivrantes" aurait fort bien pu s'activer arrivé à la douzième minute.
Pour tout détail sur l'histoire des aéroglisseurs, je suggère au lecteur de jeter un œil sur le site du musée car ce n'est pas dans ce récit que l'historique sera fait. Non pas que j'en serais complètement incapable mais ma carte mémoire a l'équivalent en capacité de ce que mon téléphone portable possède en modernité - c'est dire la faiblesse. Je consens à donner une date approximative de l'invention de l'aéroglisseur (les années 1960) mais au moins mon ignorance crasse de la simple existence de cette machine fut rectifiée en ce mercredi, jour des enfants. Enfants, nous le sommes tous face à la complexité du monde, a dit le philosophe qui ce jour là n'était pas très inspiré - ou peut-être s'était-il pris un aéroglisseur dans la tronche.
Outre la pure pédagogie cette déambulation en hangar eut la vertu de nous donner envie, après en avoir observé à l'arrêt, de monter dans l'un des rares aéroglisseurs fonctionnant encore et se trouvant pas très loin de là. Avant cela nous remerciâmes le sympathique Warwick, tapotâmes la tête des chiens (mais avec douceur, j'oserais même dire que nous les hypo-tapotâmes) et payâmes...en euros. Car, sots que nous étions, sommes, serons et toutes les conjugaisons qu'il vous plaira, nous n'avions plus sur nous le moindre billet en livres de ceux retirés à Tintagel. L'avenant Warwick accepta nos euros après avoir converti la note avec un taux de conversion tout personnel qui d'après un calcul effectué par la suite nous arrangeait plutôt. Attention, je parle ici de trois ou quatre euros grappillés dans l'affaire, pas du casse du siècle.
Ces complexes opérations monétaires effectués, nous nous dirigeâmes vers Portsmouth. Près de la ville se trouvait le lieu de départ de l'éaroglisseur desservant régulièrement l'Isle of Wight. Trouver le port fut le premier défi à relever; ne pas s'étrangler de stupeur contrariée face aux tarifs pratiqués pour faire de la BGV (Bouée à Grande Vitesse) fut le deuxième et se révéla rédhibitoire? Nous fîmes un splendide demi-tour et partîmes vers la plage y tremper les pieds. L'eau était bonne, assez pour me donner envie d'y immerger également le reste de mon corps? Un aller-retour vers Ulysse et un maillot de bain plus tard, je fus plongé dans une mer d'huile? Peu de baigneurs étaient à dénombrer ce qui tout en prouvant la grande frilosité de l'être humain m'offrit un calme plaisant, un "balmy" moment comme ils disent là-bas, un paisible temps de baignade. Par rapport à la mer Méditerranée, la Manche possède bien des vertus. Outre le fait de pouvoir respirer sur la plage sans profiter des effluves de la crème solaire étalée dans le dos du voisin collé devant soi, la possibilité de ne pas surchauffer deux minutes après la sortie de l'eau est aussi agréable. Bien sûr, le pendant est un claquement de dents pendant cinq bonnes minutes et je ne traiterai pas ici la question de savoir ce qu'est une bonne minute par rapport à une mauvaise. L'essentiel est ailleurs: il fut dans le petit havre de tranquillité que constitua cette plage près de Portsmouth. Finalement l'aéroglisseur ne nous manqua pas de trop, Le_neptunien se contenant de prendre photos et vidéos des appareils partant de, ou arrivant au lieu prévu à cet effet.
Ce rafraichissement effectué pour ma part, l'heure frappa à la porte de ses impitoyables coups marquant le rythme des routines si bien intégrées qu'elles en deviennent invisibles. Le hasard fait bien les choses: à côté de la plage se trouvait un restaurant qui pour autant qu'il n'était pas là du tout par hasard et ciblait un clientèle de touristes, possédait l'avantage de son positionnement parfait en bord de mer, avec vue sur les bateaux circulant ici et là. Cela, et une carte ratissant assez large et sans excès de tarifs contrairement à l'aéroglisseur voisin? Pour preuve tandis que Le_neptunien tentait le Fish & Chips je me fis...un burger. Je sens la mine révoltée du lecteur refléter ses pensées agressives à mon endroit: "Hé, l'autre, il va en Angleterre pour se goinfrer de pizzas et de burgers, ça valait bien le coup de payer le ferry, gna gna gna...". Ce à quoi je répond que je fais ce que je veux et qu'il s'agissait bien évidemment d'une démarche sociologique soulignant le caractère multi-culturel de l'Angleterre en m'organisant un périple culinaire aux saveurs variées, de l'Italie aux Etats-Unis en passant par la baguette bien française. Oui, je l'affirme, tout cela fut démarche intellectuelle et non fainéantise exacerbée. Oui, ce fut acte engagé voire politique et non réflexe éhonté de consommateur lambda au cerveau perverti par les consumérismes culinaires en vigueur dans nos belles sociétés occidentales. Oui, ce fut étude philosophique et non goinfrerie de bas-étage. Oui, si tu m'crois pas, hé, t'ar ta gueule à la récré !
La conclusion de cette étude s'est imposée à moi et je ne résiste pas au plaisir de la livrer à vos esprits sagaces avant que vos esprits ne s'agacent. Cette conclusion, la voici: Oui, on peut se goinfrer de nourriture bien grasse et saupoudrée de soft power américain - aussi appelé ketchup - partout. Oui, on peut devenir un gros tas obèse en tout lieu, nulle discrimination pour ce qui est de consommer tout et surtout n'importe quoi, j'y reviendrai. Oui, j'utilise beaucoup de fois le mot "oui" en ce moment, mais c'est une anaphore, d'abord !
En attendant (que mon étude soit publiée aux Presses Universitaires de France) nous dégustâmes nos mets respectifs, les yeux se promenant sur l'eau délicatement agitée de soubresauts à peine dignes d'un Parkinson en début de carrière - que de poésie ! Quelques tables plus loin un enfant faisait des siennes auprès de sa mère (et non de son père, auquel cas ç'aurait été des persiennes) à grands coups de décibels. Cela m'inspira quelques remarques sur la meilleure façon de noyer un enfant mais qu'on se rassure je ne passai pas à l'action - sa mère me devança. Mais notre repas fut surtout égayé par l'observation minutieuse des trois serveuses différentes que nous eûmes à notre disposition - en tout bien tout honneur. Le_neptunien parvint à lire sur le seul visage de l'une d'elles qu'elle était trentenaire, mariée, avec un enfant, vivant en appartement. Tout ça sur son seul visage, Le_neptunien est un physionomiste amélioré. Les deux autres serveuses, plus jeunes, effectuaient certainement là un job d'été. Mais ce qui retient davantage mon attention fut les sourires que les serveuses adressaient au Neptunien et pas à moi, au moins pour deux d'entre elles (la trentenaire et une blondasse). Mon attrait tout relatif pour la gent féminine et plus encore la gent féminine trentenaire ne m'empêcha pas d'être affreusement (et bâfreusement, puisque je me bâfrais en même temps) vexé de cette absence d'attentions à mon égard alors que je sortais de l'eau, teint frais et œil vif, mine légèrement hâlée et muscles saillants...ouais, bon, j'exagère un peu. Toujours est-il qu'un sourire ne les aurait pas tuées, si ?
Mon orgueil écorché en bandoulière je quittai le restaurant aux côtés d'un Neptunien triomphant. Notre direction était l'aéroport de Gatwick à mi-chemin entre Brighton et Londres, près duquel se trouvait notre hôtel. La route étant assez longue Le_neptunien trouva la parade pour que je me divertisse et pour lui assurer un fond sonore différent du moteur d'Ulysse et plus efficace que mes conversations. Ce fut donc en jouant de la guitare assis en biais côté passager que je passai une bonne partie du voyage. A part des regards un peu étonnés de ceux que nous croisâmes ("Ils sont fous ces français !" aucun problème ne fut à déplorer et sains-et-saufs nous arrivâmes à l'hôtel pour y dormir. Car le lendemain, dès l'aube, nous partirions à l'heure où blanchit la campagne (d'un soleil éclatant); vois-tu, je sais que tu nous attendais, Londres, pour que nous te célébrions de nos Contemplations (salut Victor !)
Courageux, il avait entrepris un voyage à pied dans la région et crapahuté la veille sur plus de 30 kilomètres. Je ne demandai pas à cet homme aussi sympathique que chauve si c'est là qu'il avait perdu ses cheveux et ne lui proposai pas non plus de lui prêter les miens. C'est que je possède des cheveux uniques, que nul autre organisme ne saurait gérer. Le marcheur nourrissant quelque envie de visiter la France je me fis bien entendu un devoir de lui conseiller la Creuse dont les GRs sont probablement les endroits les plus excitants.
Si nous partîmes, cœur vaillant, vers les reliefs de l'île c'est aussi parce que nous avions eu droit à un "English breakfast" préparé spécialement par la demoiselle qui savait visiblement couper autre chose que son accent avec la machette. Nous mangeâmes dans une salle décorée de deux tableaux, l'un décrivant moult manières de faire un nœud ce qui eut été utile si je ne possédais pas deux pieds gauches en lieu et place des mains, et l'autre présentant les différents drapeaux qui peuvent être hissés par un navire. Un code extrêmement précis et fouillé, il me semble que le drapeau "Passe-moi le sel" était bleu à pois blancs.
Champignons, haricots, saucisse et bacon. Tel est le "English breakfast". A 8h30 du matin le défi est d'abord psychologique surtout lorsque comme moi on est assez peu friand de champignons, et à ce à toute heure. Mais en dépit des réserves initiales issues du conservatisme latent en mon esprit obtus il faut bien admettre que l'expérience matinale ne fut pas désagréable, loin s'en faut. Le café-haricots n'est certes pas un mélange évident à première vue et à premier goût, mais au moins nous finîmes notre assiette avec la satisfaction du devoir accompli...et du costaud dans l'estomac.
Ainsi nourri, Le_neptunien conduisit avec la dextérité d'un Sébastien Loeb mais sans sa vitesse, ce qui est heureux pour les sièges d'Ulysse qui auraient assez peu goûté à la fantaisie d'être repeints de champignons tous droits issus des profondeurs de moi. Notre but était le château de Portland, autre lieu étiqueté "English Heritage" mais il s'avéra que la saucisse matinale ne possédait aucune protéine renforçant le sens de l'orientation. Les détours sans désagréments ainsi occasionnés nous permirent de nous arrêter sur un point de vue de l'île sur lequel des anneaux, cinq de leur nombre et olympiques de leur nom, célébraient le passage des JO de Londres non loin de là un an auparavant pour des épreuves de voile - cela va sans dire, mais mieux en le disant. Ce fut l'occasion d'une "photo débile" de plus: ma tête au milieu de l'anneau central.
Repartant vers le château nous arrivâmes au phare. Chose logique après tout: nous n'avions fait que suivre le fameux slogan "Plus vite, plus haut, plus phare" - tout se tient. L'important étant de participer nous fîmes un petit tour du phare, de taille moyenne (pas un très grand ni un nano-phare... ni un nénuphar) et prîmes des photos en bons touristes que nous étions. Le tout en laissant la voiture sur un parking payant que jamais nous ne payâmes - en bons escrocs que nous étions, sommes, serons et toutes les conjugaisons qu'il vous plaira.
Je sens de mon siège, qui est une chaise en plastique, vos entrailles se nouer, votre cœur se serrer, votre cerveau atteindre la surchauffe et vos nerfs s'agiter de mille décharges dont je me décharge totalement, face à la question suivante: avons-nous finalement trouvé le château de Portland ? Ce suspens insoutenable se doit de prendre fin avant que les lecteurs qui me restent ne trépassent d'hypertension: oui, nous le trouvâmes. Et en le dénichant nous comprîmes pourquoi nous ne l'avions pas trouvé immédiatement: outre son inutilité prouvée par la quasi-absence de combats qui s'y sont déroulés, le château de Portland est petit. Vraiment petit. Un châtounet, un castelet, un châtiot, prenez le néologisme qui vous sied et imaginez une bâtisse en pierres, de petite taille dans sa largeur comme dans sa hauteur, agrémentée malgré tout d'un jardin et d'une cour dans laquelle des canons pointent vers la mer qui s'en fiche bien. Son envergure limitée n'enlève rien par ailleurs à la bonne organisation de la visite qui offre notamment la possibilité de se grimer avec des costumes d'époque? Occasion inespérée pour une nouvelle séance de photos débiles avec en petit bonus pour moi une attente de 10 minutes, Le_neptunien étant au téléphone pour organiser la visite dont je ferai mention dans quelques lignes? Pourquoi ne retirai-je pas le costume durant ce laps de temps ? Parce que je suis un grand professionnel, et un gigantesque flemmard, preuve que les deux ne sont pas du tout incompatibles.
Sur la route de Brighton que nous suivîmes suite à ces palpitantes aventures vestimentaires (Palpites-tu, lecteur ?) se trouvait notre prochain objectif. Celui-ci était cher au cœur du Neptunien plus qu'au mien il faut l'admettre. Il s'agissait du musée des aéroglisseurs - hovercraft en bon anglais -, sortes de bateaux montés sur bouées qui jadis permettaient la traversée de la Manche en différents points (des villes de rêve: Le Havre, Calais...). La possibilité disparut dans les années 1990 face aux ferrys et au tunnel sous la Manche mais Le_neptunien se souvenait que gamin (ou minot, gone, petiot, choisissez la niaiserie locale qui vous convient) i lavait effectué la traversée sur un tel engin. Avanat d'admirer ces embarcations sur pneumatiques encore fallait-il trouver le musée et y entrer. Car le gérant, un certain Warwick, n'ouvrait ce dernier...que pour nous trois (Ulysse ayant bien le droit elle aussi d'observer ce qui était après tout des cousins de la famille Transport). Nous avions donc rendez-vous avec lui à 15h à l'adresse indiquée sur le site du musée. Impardonnable impair: nous étions en avance, et il s'avéra que le musée se trouvait au beau milieu de rien de moins qu'une base militaire. Les gardiens (qui se la pétaient un peu, quand même) nous demandèrent de revenir à l'heure du rendez-vous, Warwick n'étant pas encore là. Cela nous donna l'occasion d'aller dans un bar en bord de mer siroter un jus de fruit - et emplir son ventre, pour le vorace Neptunien, ou du moins en boucher quelques trous avec un sandwich au bacon.
A l'heure du rendez-vous, tous pimpants, nous ramenâmes nos fraises (une expression qui supporte assez mal le passé simple) à l'entrée de la base, et réglant quelques formalités d'inscription sur le registre des visiteurs nous pûmes ( un verbe qui supporte assez mla le passé simple) y attendre Warwick qui arriva en voiture flanqué de deux chiens tout à fait charmants. Beaucoup plus charmants que nombre d'êtres humains, fis-je par la suite la remarque au Neptunien qui soupira de mes postures pseudo-misanthropiques. La visite du musée put ensuite commencer. Le musée des aéroglisseurs ce sont en fait deux hangars remplis de ces machines, de toutes tailles et de toutes formes, avec entre les deux l'une des pièces maîtresses du lieu: un aéroglisseur, "The Princess Anne", ma sœur Anne, qui me vit bien venir quand j'y entrai. L'appareil pouvait recevoir plus d'une centaine de passagers et en visiter l'intérieur fut périlleux, non pas parce que des cadavres d'anciens passagers oubliés bloquaient le passage (un squelette s'enjambe, et sans jambes, très bien) mais en raison de la température. Celle-ci devait avoisiner les 60° une fois arrivé au fond de l'embarcation. Rien de bouleversant à voir, mais plein de sueur versant je continuai la visite. Pendant ce temps Le_neptunien s'était posé devant un film qui retraçait l'histoire des aéroglisseurs, film que j'avais abandonné au bout de cinq minutes. La fibre "musée" n'a jamais été en moi, en revanche la fibre "Sieste face à un écran allumé déversant longuement des informations pas toujours enivrantes" aurait fort bien pu s'activer arrivé à la douzième minute.
Pour tout détail sur l'histoire des aéroglisseurs, je suggère au lecteur de jeter un œil sur le site du musée car ce n'est pas dans ce récit que l'historique sera fait. Non pas que j'en serais complètement incapable mais ma carte mémoire a l'équivalent en capacité de ce que mon téléphone portable possède en modernité - c'est dire la faiblesse. Je consens à donner une date approximative de l'invention de l'aéroglisseur (les années 1960) mais au moins mon ignorance crasse de la simple existence de cette machine fut rectifiée en ce mercredi, jour des enfants. Enfants, nous le sommes tous face à la complexité du monde, a dit le philosophe qui ce jour là n'était pas très inspiré - ou peut-être s'était-il pris un aéroglisseur dans la tronche.
Outre la pure pédagogie cette déambulation en hangar eut la vertu de nous donner envie, après en avoir observé à l'arrêt, de monter dans l'un des rares aéroglisseurs fonctionnant encore et se trouvant pas très loin de là. Avant cela nous remerciâmes le sympathique Warwick, tapotâmes la tête des chiens (mais avec douceur, j'oserais même dire que nous les hypo-tapotâmes) et payâmes...en euros. Car, sots que nous étions, sommes, serons et toutes les conjugaisons qu'il vous plaira, nous n'avions plus sur nous le moindre billet en livres de ceux retirés à Tintagel. L'avenant Warwick accepta nos euros après avoir converti la note avec un taux de conversion tout personnel qui d'après un calcul effectué par la suite nous arrangeait plutôt. Attention, je parle ici de trois ou quatre euros grappillés dans l'affaire, pas du casse du siècle.
Ces complexes opérations monétaires effectués, nous nous dirigeâmes vers Portsmouth. Près de la ville se trouvait le lieu de départ de l'éaroglisseur desservant régulièrement l'Isle of Wight. Trouver le port fut le premier défi à relever; ne pas s'étrangler de stupeur contrariée face aux tarifs pratiqués pour faire de la BGV (Bouée à Grande Vitesse) fut le deuxième et se révéla rédhibitoire? Nous fîmes un splendide demi-tour et partîmes vers la plage y tremper les pieds. L'eau était bonne, assez pour me donner envie d'y immerger également le reste de mon corps? Un aller-retour vers Ulysse et un maillot de bain plus tard, je fus plongé dans une mer d'huile? Peu de baigneurs étaient à dénombrer ce qui tout en prouvant la grande frilosité de l'être humain m'offrit un calme plaisant, un "balmy" moment comme ils disent là-bas, un paisible temps de baignade. Par rapport à la mer Méditerranée, la Manche possède bien des vertus. Outre le fait de pouvoir respirer sur la plage sans profiter des effluves de la crème solaire étalée dans le dos du voisin collé devant soi, la possibilité de ne pas surchauffer deux minutes après la sortie de l'eau est aussi agréable. Bien sûr, le pendant est un claquement de dents pendant cinq bonnes minutes et je ne traiterai pas ici la question de savoir ce qu'est une bonne minute par rapport à une mauvaise. L'essentiel est ailleurs: il fut dans le petit havre de tranquillité que constitua cette plage près de Portsmouth. Finalement l'aéroglisseur ne nous manqua pas de trop, Le_neptunien se contenant de prendre photos et vidéos des appareils partant de, ou arrivant au lieu prévu à cet effet.
Ce rafraichissement effectué pour ma part, l'heure frappa à la porte de ses impitoyables coups marquant le rythme des routines si bien intégrées qu'elles en deviennent invisibles. Le hasard fait bien les choses: à côté de la plage se trouvait un restaurant qui pour autant qu'il n'était pas là du tout par hasard et ciblait un clientèle de touristes, possédait l'avantage de son positionnement parfait en bord de mer, avec vue sur les bateaux circulant ici et là. Cela, et une carte ratissant assez large et sans excès de tarifs contrairement à l'aéroglisseur voisin? Pour preuve tandis que Le_neptunien tentait le Fish & Chips je me fis...un burger. Je sens la mine révoltée du lecteur refléter ses pensées agressives à mon endroit: "Hé, l'autre, il va en Angleterre pour se goinfrer de pizzas et de burgers, ça valait bien le coup de payer le ferry, gna gna gna...". Ce à quoi je répond que je fais ce que je veux et qu'il s'agissait bien évidemment d'une démarche sociologique soulignant le caractère multi-culturel de l'Angleterre en m'organisant un périple culinaire aux saveurs variées, de l'Italie aux Etats-Unis en passant par la baguette bien française. Oui, je l'affirme, tout cela fut démarche intellectuelle et non fainéantise exacerbée. Oui, ce fut acte engagé voire politique et non réflexe éhonté de consommateur lambda au cerveau perverti par les consumérismes culinaires en vigueur dans nos belles sociétés occidentales. Oui, ce fut étude philosophique et non goinfrerie de bas-étage. Oui, si tu m'crois pas, hé, t'ar ta gueule à la récré !
La conclusion de cette étude s'est imposée à moi et je ne résiste pas au plaisir de la livrer à vos esprits sagaces avant que vos esprits ne s'agacent. Cette conclusion, la voici: Oui, on peut se goinfrer de nourriture bien grasse et saupoudrée de soft power américain - aussi appelé ketchup - partout. Oui, on peut devenir un gros tas obèse en tout lieu, nulle discrimination pour ce qui est de consommer tout et surtout n'importe quoi, j'y reviendrai. Oui, j'utilise beaucoup de fois le mot "oui" en ce moment, mais c'est une anaphore, d'abord !
En attendant (que mon étude soit publiée aux Presses Universitaires de France) nous dégustâmes nos mets respectifs, les yeux se promenant sur l'eau délicatement agitée de soubresauts à peine dignes d'un Parkinson en début de carrière - que de poésie ! Quelques tables plus loin un enfant faisait des siennes auprès de sa mère (et non de son père, auquel cas ç'aurait été des persiennes) à grands coups de décibels. Cela m'inspira quelques remarques sur la meilleure façon de noyer un enfant mais qu'on se rassure je ne passai pas à l'action - sa mère me devança. Mais notre repas fut surtout égayé par l'observation minutieuse des trois serveuses différentes que nous eûmes à notre disposition - en tout bien tout honneur. Le_neptunien parvint à lire sur le seul visage de l'une d'elles qu'elle était trentenaire, mariée, avec un enfant, vivant en appartement. Tout ça sur son seul visage, Le_neptunien est un physionomiste amélioré. Les deux autres serveuses, plus jeunes, effectuaient certainement là un job d'été. Mais ce qui retient davantage mon attention fut les sourires que les serveuses adressaient au Neptunien et pas à moi, au moins pour deux d'entre elles (la trentenaire et une blondasse). Mon attrait tout relatif pour la gent féminine et plus encore la gent féminine trentenaire ne m'empêcha pas d'être affreusement (et bâfreusement, puisque je me bâfrais en même temps) vexé de cette absence d'attentions à mon égard alors que je sortais de l'eau, teint frais et œil vif, mine légèrement hâlée et muscles saillants...ouais, bon, j'exagère un peu. Toujours est-il qu'un sourire ne les aurait pas tuées, si ?
Mon orgueil écorché en bandoulière je quittai le restaurant aux côtés d'un Neptunien triomphant. Notre direction était l'aéroport de Gatwick à mi-chemin entre Brighton et Londres, près duquel se trouvait notre hôtel. La route étant assez longue Le_neptunien trouva la parade pour que je me divertisse et pour lui assurer un fond sonore différent du moteur d'Ulysse et plus efficace que mes conversations. Ce fut donc en jouant de la guitare assis en biais côté passager que je passai une bonne partie du voyage. A part des regards un peu étonnés de ceux que nous croisâmes ("Ils sont fous ces français !" aucun problème ne fut à déplorer et sains-et-saufs nous arrivâmes à l'hôtel pour y dormir. Car le lendemain, dès l'aube, nous partirions à l'heure où blanchit la campagne (d'un soleil éclatant); vois-tu, je sais que tu nous attendais, Londres, pour que nous te célébrions de nos Contemplations (salut Victor !)
Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
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