mardi 16 juillet 2013

De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 4 - 17/07/2013

Chapitre 4 - 17/07/2013

André Gide l'a écrit : "Il faut suivre sa pente, à condition de toujours la remonter." Fidèles à ce bon vieux Dédé, nous partîmes en ce 17 juillet de l'auberge de jeunesse de Portland vers les hauteurs de l'île. J'étais tout revigoré, pas tant par la nuit de sommeil que parce que j'avais réussi le matin à entretenir une conversation de plus de cinq minutes avec notre camarade de dortoir. L'homme, un anglais venant de Bristol, devait caresser la trentaine. Je parle ici de son âge et pas de ses pratiques nocturnes dans les dortoirs de 32 personnes, pratiques que j'ignore puisque notre dortoir avait une capacité limitée à 6 personnes.

Courageux, il avait entrepris un voyage à pied dans la région et crapahuté la veille sur plus de 30 kilomètres. Je ne demandai pas à cet homme aussi sympathique que chauve si c'est là qu'il avait perdu ses cheveux et ne lui proposai pas non plus de lui prêter les miens. C'est que je possède des cheveux uniques, que nul autre organisme ne saurait gérer. Le marcheur nourrissant quelque envie de visiter la France je me fis bien entendu un devoir de lui conseiller la Creuse dont les GRs sont probablement les endroits les plus excitants.

Si nous partîmes, cœur vaillant, vers les reliefs de l'île c'est aussi parce que nous avions eu droit à un "English breakfast" préparé spécialement par la demoiselle qui savait visiblement couper autre chose que son accent avec la machette. Nous mangeâmes dans une salle décorée de deux tableaux, l'un décrivant moult manières de faire un nœud ce qui eut été utile si je ne possédais pas deux pieds gauches en lieu et place des mains, et l'autre présentant les différents drapeaux qui peuvent être hissés par un navire. Un code extrêmement précis et fouillé, il me semble que le drapeau "Passe-moi le sel" était bleu à pois blancs.

Champignons, haricots, saucisse et bacon. Tel est le "English breakfast". A 8h30 du matin le défi est d'abord psychologique surtout lorsque comme moi on est assez peu friand de champignons, et à ce à toute heure. Mais en dépit des réserves initiales issues du conservatisme latent en mon esprit obtus il faut bien admettre que l'expérience matinale ne fut pas désagréable, loin s'en faut. Le café-haricots n'est certes pas un mélange évident à première vue et à premier goût, mais au moins nous finîmes notre assiette avec la satisfaction du devoir accompli...et du costaud dans l'estomac.

Ainsi nourri, Le_neptunien conduisit avec la dextérité d'un Sébastien Loeb mais sans sa vitesse, ce qui est heureux pour les sièges d'Ulysse qui auraient assez peu goûté à la fantaisie d'être repeints de champignons tous droits issus des profondeurs de moi. Notre but était le château de Portland, autre lieu étiqueté "English Heritage" mais il s'avéra que la saucisse matinale ne possédait aucune protéine renforçant le sens de l'orientation. Les détours sans désagréments ainsi occasionnés nous permirent de nous arrêter sur un point de vue de l'île sur lequel des anneaux, cinq de leur nombre et olympiques de leur nom, célébraient le passage des JO de Londres non loin de là un an auparavant pour des épreuves de voile - cela va sans dire, mais mieux en le disant. Ce fut l'occasion d'une "photo débile" de plus: ma tête au milieu de l'anneau central.

Repartant vers le château nous arrivâmes au phare. Chose logique après tout: nous n'avions fait que suivre le fameux slogan "Plus vite, plus haut, plus phare" - tout se tient. L'important étant de participer nous fîmes un petit tour du phare, de taille moyenne (pas un très grand ni un nano-phare... ni un nénuphar) et prîmes des photos en bons touristes que nous étions. Le tout en laissant la voiture sur un parking payant que jamais nous ne payâmes - en bons escrocs que nous étions, sommes, serons et toutes les conjugaisons qu'il vous plaira.

Je sens de mon siège, qui est une chaise en plastique, vos entrailles se nouer, votre cœur se serrer, votre cerveau atteindre la surchauffe et vos nerfs s'agiter de mille décharges dont je me décharge totalement, face à la question suivante: avons-nous finalement trouvé le château de Portland ? Ce suspens insoutenable se doit de prendre fin avant que les lecteurs qui me restent ne trépassent d'hypertension: oui, nous le trouvâmes. Et en le dénichant nous comprîmes pourquoi nous ne l'avions pas trouvé immédiatement: outre son inutilité prouvée par la quasi-absence de combats qui s'y sont déroulés, le château de Portland est petit. Vraiment petit. Un châtounet, un castelet, un châtiot, prenez le néologisme qui vous sied et imaginez une bâtisse en pierres, de petite taille dans sa largeur comme dans sa hauteur, agrémentée malgré tout d'un jardin et d'une cour dans laquelle des canons pointent vers la mer qui s'en fiche bien. Son envergure limitée n'enlève rien par ailleurs à la bonne organisation de la visite qui offre notamment la possibilité de se grimer avec des costumes d'époque? Occasion inespérée pour une nouvelle séance de photos débiles avec en petit bonus pour moi une attente de 10 minutes, Le_neptunien étant au téléphone pour organiser la visite dont je ferai mention dans quelques lignes? Pourquoi ne retirai-je pas le costume durant ce laps de temps ? Parce que je suis un grand professionnel, et un gigantesque flemmard, preuve que les deux ne sont pas du tout incompatibles.

Sur la route de Brighton que nous suivîmes suite à ces palpitantes aventures vestimentaires (Palpites-tu, lecteur ?) se trouvait notre prochain objectif. Celui-ci était cher au cœur du Neptunien plus qu'au mien il faut l'admettre. Il s'agissait du musée des aéroglisseurs - hovercraft en bon anglais -, sortes de bateaux montés sur bouées qui jadis permettaient la traversée de la Manche en différents points (des villes de rêve: Le Havre, Calais...). La possibilité disparut dans les années 1990 face aux ferrys et au tunnel sous la Manche mais Le_neptunien se souvenait que gamin (ou minot, gone, petiot, choisissez la niaiserie locale qui vous convient) i lavait effectué la traversée sur un tel engin. Avanat d'admirer ces embarcations sur pneumatiques encore fallait-il trouver le musée et y entrer. Car le gérant, un certain Warwick, n'ouvrait ce dernier...que pour nous trois (Ulysse ayant bien le droit elle aussi d'observer ce qui était après tout des cousins de la famille Transport). Nous avions donc rendez-vous avec lui à 15h à l'adresse indiquée sur le site du musée. Impardonnable impair: nous étions en avance, et il s'avéra que le musée se trouvait au beau milieu de rien de moins qu'une base militaire. Les gardiens (qui se la pétaient un peu, quand même) nous demandèrent de revenir à l'heure du rendez-vous, Warwick n'étant pas encore là. Cela nous donna l'occasion d'aller dans un bar en bord de mer siroter un jus de fruit - et emplir son ventre, pour le vorace Neptunien, ou du moins en boucher quelques trous avec un sandwich au bacon.

A l'heure du rendez-vous, tous pimpants, nous ramenâmes nos fraises (une expression qui supporte assez mal le passé simple) à l'entrée de la base, et réglant quelques formalités d'inscription sur le registre des visiteurs nous pûmes ( un verbe qui supporte assez mla le passé simple) y attendre Warwick qui arriva en voiture flanqué de deux chiens tout à fait charmants. Beaucoup plus charmants que nombre d'êtres humains, fis-je par la suite la remarque au Neptunien qui soupira de mes postures pseudo-misanthropiques. La visite du musée put ensuite commencer. Le musée des aéroglisseurs ce sont en fait deux hangars remplis de ces machines, de toutes tailles et de toutes formes, avec entre les deux l'une des pièces maîtresses du lieu: un aéroglisseur, "The Princess Anne", ma sœur Anne, qui me vit bien venir quand j'y entrai. L'appareil pouvait recevoir plus d'une centaine de passagers et en visiter l'intérieur fut périlleux, non pas parce que des cadavres d'anciens passagers oubliés bloquaient le passage (un squelette s'enjambe, et sans jambes, très bien) mais en raison de la température. Celle-ci devait avoisiner les 60° une fois arrivé au fond de l'embarcation. Rien de bouleversant à voir, mais plein de sueur versant je continuai la visite. Pendant ce temps Le_neptunien s'était posé devant un film qui retraçait l'histoire des aéroglisseurs, film que j'avais abandonné au bout de cinq minutes. La fibre "musée" n'a jamais été en moi, en revanche la fibre "Sieste face à un écran allumé déversant longuement des informations pas toujours enivrantes" aurait fort bien pu s'activer arrivé à la douzième minute.

Pour tout détail sur l'histoire des aéroglisseurs, je suggère au lecteur de jeter un œil sur le site du musée car ce n'est pas dans ce récit que l'historique sera fait. Non pas que j'en serais complètement incapable mais ma carte mémoire a l'équivalent en capacité de ce que mon téléphone portable possède en modernité - c'est dire la faiblesse. Je consens à donner une date approximative de l'invention de l'aéroglisseur (les années 1960) mais au moins mon ignorance crasse de la simple existence de cette machine fut rectifiée en ce mercredi, jour des enfants. Enfants, nous le sommes tous face à la complexité du monde, a dit le philosophe qui ce jour là n'était pas très inspiré - ou peut-être s'était-il pris un aéroglisseur dans la tronche.

Outre la pure pédagogie cette déambulation en hangar eut la vertu de nous donner envie, après en avoir observé à l'arrêt, de monter dans l'un des rares aéroglisseurs fonctionnant encore et se trouvant pas très loin de là. Avant cela nous remerciâmes le sympathique Warwick, tapotâmes la tête des chiens (mais avec douceur, j'oserais même dire que nous les hypo-tapotâmes) et payâmes...en euros. Car, sots que nous étions, sommes, serons et toutes les conjugaisons qu'il vous plaira, nous n'avions plus sur nous le moindre billet en livres de ceux retirés à Tintagel. L'avenant Warwick accepta nos euros après avoir converti la note avec un taux de conversion tout personnel qui d'après un calcul effectué par la suite nous arrangeait plutôt. Attention, je parle ici de trois ou quatre euros grappillés dans l'affaire, pas du casse du siècle.

Ces complexes opérations monétaires effectués, nous nous dirigeâmes vers Portsmouth. Près de la ville se trouvait le lieu de départ de l'éaroglisseur desservant régulièrement l'Isle of Wight. Trouver le port fut le premier défi à relever; ne pas s'étrangler de stupeur contrariée face aux tarifs pratiqués pour faire de la BGV (Bouée à Grande Vitesse) fut le deuxième et se révéla rédhibitoire? Nous fîmes un splendide demi-tour et partîmes vers la plage y tremper les pieds. L'eau était bonne, assez pour me donner envie d'y immerger également le reste de mon corps? Un aller-retour vers Ulysse et un maillot de bain plus tard, je fus plongé dans une mer d'huile? Peu de baigneurs étaient à dénombrer ce qui tout en prouvant la grande frilosité de l'être humain m'offrit un calme plaisant, un "balmy" moment comme ils disent là-bas, un paisible temps de baignade. Par rapport à la mer Méditerranée, la Manche possède bien des vertus. Outre le fait de pouvoir respirer sur la plage sans profiter des effluves de la crème solaire étalée dans le dos du voisin collé devant soi, la possibilité de ne pas surchauffer deux minutes après la sortie de l'eau est aussi agréable. Bien sûr, le pendant est un claquement de dents pendant cinq bonnes minutes et je ne traiterai pas ici la question de savoir ce qu'est une bonne minute par rapport à une mauvaise. L'essentiel est ailleurs: il fut dans le petit havre de tranquillité que constitua cette plage près de Portsmouth. Finalement l'aéroglisseur ne nous manqua pas de trop, Le_neptunien se contenant de prendre photos et vidéos des appareils partant de, ou arrivant au lieu prévu à cet effet.

Ce rafraichissement effectué pour ma part, l'heure frappa à la porte de ses impitoyables coups marquant le rythme des routines si bien intégrées qu'elles en deviennent invisibles. Le hasard fait bien les choses: à côté de la plage se trouvait un restaurant qui pour autant qu'il n'était pas là du tout par hasard et ciblait un clientèle de touristes, possédait l'avantage de son positionnement parfait en bord de mer, avec vue sur les bateaux circulant ici et là. Cela, et une carte ratissant assez large et sans excès de tarifs contrairement à l'aéroglisseur voisin? Pour preuve tandis que Le_neptunien tentait le Fish & Chips je me fis...un burger. Je sens la mine révoltée du lecteur refléter ses pensées agressives à mon endroit: "Hé, l'autre, il va en Angleterre pour se goinfrer de pizzas et de burgers, ça valait bien le coup de payer le ferry, gna gna gna...". Ce à quoi je répond que je fais ce que je veux et qu'il s'agissait bien évidemment d'une démarche sociologique soulignant le caractère multi-culturel de l'Angleterre en m'organisant un périple culinaire aux saveurs variées, de l'Italie aux Etats-Unis en passant par la baguette bien française. Oui, je l'affirme, tout cela fut démarche intellectuelle et non fainéantise exacerbée. Oui, ce fut acte engagé voire politique et non réflexe éhonté de consommateur lambda au cerveau perverti par les consumérismes culinaires en vigueur dans nos belles sociétés occidentales. Oui, ce fut étude philosophique et non goinfrerie de bas-étage. Oui, si tu m'crois pas, hé, t'ar ta gueule à la récré !

La conclusion de cette étude s'est imposée à moi et je ne résiste pas au plaisir de la livrer à vos esprits sagaces avant que vos  esprits ne s'agacent. Cette conclusion, la voici: Oui, on peut se goinfrer de nourriture bien grasse et saupoudrée de soft power américain - aussi appelé ketchup - partout. Oui, on peut devenir un gros tas obèse en tout lieu, nulle discrimination pour ce qui est de consommer tout et surtout n'importe quoi, j'y reviendrai. Oui, j'utilise beaucoup de fois le mot "oui" en ce moment, mais c'est une anaphore, d'abord !

En attendant (que mon étude soit publiée aux Presses Universitaires de France) nous dégustâmes nos mets respectifs, les yeux se promenant sur l'eau délicatement agitée de soubresauts à peine dignes d'un Parkinson en début de carrière - que de poésie ! Quelques tables plus loin un enfant faisait des siennes auprès de sa mère (et non de son père, auquel cas ç'aurait été des persiennes) à grands coups de décibels. Cela m'inspira quelques remarques sur la meilleure façon de noyer un enfant mais qu'on se rassure je ne passai pas à l'action - sa mère me devança. Mais notre repas fut surtout égayé par l'observation minutieuse des trois serveuses différentes que nous eûmes à notre disposition - en tout bien tout honneur. Le_neptunien parvint à lire sur le seul visage de l'une d'elles qu'elle était trentenaire, mariée, avec un enfant, vivant en appartement. Tout ça sur son seul visage, Le_neptunien est un physionomiste amélioré. Les deux autres serveuses, plus jeunes, effectuaient certainement là un job d'été. Mais ce qui retient davantage mon attention fut les sourires que les serveuses adressaient au Neptunien et pas à moi, au moins pour deux d'entre elles (la trentenaire et une blondasse). Mon attrait tout relatif pour la gent féminine et plus encore la gent féminine trentenaire ne m'empêcha pas d'être affreusement (et bâfreusement, puisque je me bâfrais en même temps) vexé de cette absence d'attentions à mon égard alors que je sortais de l'eau, teint frais et œil vif, mine légèrement hâlée et muscles saillants...ouais, bon, j'exagère un peu. Toujours est-il qu'un sourire ne les aurait pas tuées, si ?

Mon orgueil écorché en bandoulière je quittai le restaurant aux côtés d'un Neptunien triomphant. Notre direction était l'aéroport de Gatwick à mi-chemin entre Brighton et Londres, près duquel se trouvait notre hôtel. La route étant assez longue Le_neptunien trouva la parade pour que je me divertisse et pour lui assurer un fond sonore différent du moteur d'Ulysse et plus efficace que mes conversations. Ce fut donc en jouant de la guitare assis en biais côté passager que je passai une bonne partie du voyage. A part des regards un peu étonnés de ceux que nous croisâmes ("Ils sont fous ces français !" aucun problème ne fut à déplorer et sains-et-saufs nous arrivâmes à l'hôtel pour y dormir. Car le lendemain, dès l'aube, nous partirions à l'heure où blanchit la campagne (d'un soleil éclatant); vois-tu, je sais que tu nous attendais, Londres, pour que nous te célébrions de nos Contemplations (salut Victor !)

Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
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lundi 15 juillet 2013

De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 3 - 16/07/2013

Chapitre 3 - 16/07/2013

Le mardi, le soleil se leva sur Plymouth et nous avec. Ou plutôt, nous un peu plus tard. L'astre lumineux ne nous quittait plus, et nous quittera plus, mettant à terre tout préjugé sur le fog anglais soi-disant omniprésent. Le seul programme de la journée était d'arriver bon port à l'île de Portland, en face de Weymouth, le soir. Ce fut de mon esprit torsadé par les multiples visionnages de Kaamelott que vint l'idée - l'une de mes seules de tout le séjour - d'aller au Nord de la Cornouailles visiter les ruines de Tintagel. Je n'aurais pu, de tout évidence, passer en Angleterre sans visiter le moindre lieu rattaché à la légende arthurienne. Car, outre Kaamelott, mes caractéristiques mentales me poussent à aimer plus encore les légendes et leur lot fourni d'incertitudes que l'histoire pure pourtant elle aussi traversée de légendes devenues faits admis - sinon avérés. Une visite, c'était le mini-minimum.

Avant le départ, une épreuve s'offrit cependant à nous: notre premier petit-déjeuner façon anglaise. Du moins, sur le papier. En bon touriste continental timoré et engoncé dans ses réflexes alimentaires je me sentis tout à la fois lâche, chancelant et valétudinaire au moment où s'offrirent à mes yeux des tranches de bacon entassées et affriolantes - ou affolantes, à mon goût. "A mon goût" n'étant pas la bonne expression, puisque goûter à ces aliments je ne puis point (si j'utilise ici une tournure à la Yoda, c'est bien parce que toutes ces journées près de la mer, ça me ioda diablement !). Pour moi, ce fut "continental breakfast", comme ils disent là-bas avec parfois une petite moue méprisante ou peut-être bien dégoûtée : céréales, viennoiseries et café suffirent à mon bonheur. A mon ventre, du moins, mais admettons que je l'ai rebaptisé "Bonheur".

Sur ces entrefaites - et entremets - nous pûmes partir vers Tintagel accompagnés du chant de l'oiseau sur les arbres verdoyants. Les routes anglaises, les petites notamment, sont loin d'être les plus affreuses qu'il m'ait été donné d'emprunter. La position de passager est de surcroît propice à l'observation rêveuse, du moins lorsque l'on n'y joue pas de la guitare mais c'est un détail que j'aborderai un peu plus loin dans ce récit. Pour le moment se présentait à nous la route pour Tintagel qui fut avalée en 1h30 grosso modo et sans emprunter trop de détours inopinés si l'on s'en fie à mon échelle. Moins d'une douzaine d'erreur de guidage, on frise l'exploit - était-ce la magie arthurienne qui m'envahit pour l'occasion ?

Saurais-je raconter convenablement l'histoire, ou du moins les histoires, de Tintagel ? Non, sans doute pas. D'abord parce que je ne vois pas très bien pourquoi, bande de feignasses, vous n'iriez pas voir vous-même ce qu'il en est. Non pas que la bonne santé du tourisme britannique soit un objectif pour moi, mais on ne voit bien qu'avec les yeux - contrairement à ce qu'un aviateur à tenté de faire croire, sa vision par le cœur l'ayant tout de même mené au crash, je le dis en passant. Surtout, la raison pour laquelle tout récit détaillé de l'histoire de Tintagel serait illusoire tient à ma grande incapacité à en retenir présentement les points clés. Tout juste saurais-je narrer que les ruines de Tintagel sont probablement le fruit de l'une des légendes arthuriennes selon laquelle Arthur aurait été conçu par là-bas. S'appuyant sur cette légende, un certain Richard Earl de Cornouailles décida en 1233 de bâtir un château pour retrouver les racines et l'esprit d'Arthur et les perpétuer. Perpétuité loupée, certes, vu que seules les ruines subsistent mais le geste était beau.

Attention cependant, s'il est vrai que Tintagel est en ruines, il ne faut pas en conclure que nous eûmes à traverser un paysage dévasté, un simple tas d cailloux posé sur l'herbe, une version ancestrale d'usine désaffectée. Non Richard Earl de Cornouailles avait du goût, et il a bâti son château sur la côte surplombant la mer qui s'abîme en ce lieu sur et sous de belles falaises. Tintagel est en fait un gros rocher de terre, et pour ceux qui considéreraient que cette description sommaire casse la légende dans l'os, admettons que c'est un joyau aux éclats herbeux et rocheux ce qui signifie exactement la même chose.

Mais avant même la découverte du lieu, la découverte du parking se révéla une aventure à part entière. Bien entendu payant - autant boire le touriste jusqu'à la lie -, le parking ne pouvait se régler qu'en pièces ... pièces que nous ne possédions pas encore. Cela nous valut le passage par un distributeur pour passer de la carte aux billets, puis un achat quelconque pour du billet tirer monnaie sonnante et trébuchante - non pas que le Guardian acheté à l'occasion fut quelconque, attention ! Cette manœuvre monétaire d'une grande complexité faite, il ne nous restait plus qu'à marcher vers le site de Tintagel, entre deux familles de touristes nous offrant le miroir de ce que devaient être nos mines. Il faut préciser en passant que nous croisâmes au fil des jours une flopée de Français, ou de francophones, et c'est là bien entendu la seule raison expliquant que nous soyons pas revenus bilingues. Raison à laquelle il faut pour Ulysse ajouter son origine italienne (un italien qui parle bien anglais, c'est aussi rare qu'un jospiniste aujourd'hui).

Nous arrivâmes à l'entrée - payante aussi - du site, et il faut ici prendre quelques secondes pour imaginer le visage du neptunien à qui je n'avais pas précisé assez clairement dans ma présentation du lieu qu'il s'agissait d'un château, certes...mais en ruines ! L'intérêt résidant moins, en conséquence, dans l'observation des infrastructures que dans la contemplation rêveuse de lieux dont on ne peut parfois que supputer la fonction au temps où la bâtisse tenait fièrement debout. Ici un jardin, là un grand hall ; qui étaient-ils, que faisaient-ils à Tintagel, combien d'elles y avait-il dans ces ils? Le Moyen-Âge étant peu propice aux photographies, nul ne peut affirmer connaître toutes les réponses à ces questionnements. Cette liberté de l'imagination, ainsi que la balade qu'offrait la visite dans de beaux paysages, tels furent les bons points à retenir de la visite. Ruine ne signifiant pas décrépitude morbide, Tintagel n'est pas un lieu pesant et déprimant où il n'y a plus d'étoiles de mer et sa visite en fut agréable. Elle est d'ailleurs sous le contrôle d'un organisme, "English Heritage" qui rassemble nombres de lieux historiques du pays. Nous prîmes la carte de l'organisme, qui en échange d'une modique somme permet l'entrée gratuite dans tous les monuments qu'il parraine. Membre d'English Heritage ça vous pose un homme, même quand ils sont deux et que la carte n'est valable que quinze jours.

Pour reprendre le fil horaire - anglais - de la journée, il était près de 13 heures quand nous empruntâmes les mètres de sentier de Tintagel sous un soleil et un ciel, et presque sur une mer, n'ayant pas grand chose à envier à la Côte d'Azur. Il est même probable qu'il y ait plus d'Anglais sur la Côte d'Azur un 16 juillet que dans toute la région autour de Tintagel, les Cornouailles étant terres de lutins ou de sangliers et moins de métropoles bétonnées. Un béton que l'on trouve plus à l'est dès lors que le balnéaire pointe son nez dans l'air. Tintagel ne rime pas avec tintamarre, de quoi réjouir les adeptes de la tranquillité.

Un autre intérêt dans la visite à Tintagel renforcé par la chaleur ambiante fut l'aspect hautement sportif de la journée. Comme évoqué précédemment le lieu ne manque pas de relief, et d'un point à l'autre de la visite nous fûmes amenés à emprunter de secs raidillons, d'étroits et d'interminables escaliers, de trop audacieux chemins de traverse menant à des impasses...ou du moins au bord d'une falaise ce qui pour un esprit non-suicidaire est l'équivalent d'une impasse. Le passage entre guillemets qui va suivre n'est que pure extrapolation et ne mérite pas sa place parmi les faits à retenir d ce récit.

"Nous marchions courageusement, pas après pas, suées après suées. Ma démarche svelte me donnait l'air d'un majestueux albatros volant au ras des roches, effleurant l'herbe s'abaissant soumise à ma grâce. L’œil admiratif des touristes alentours suivait fasciné ma course vers les hauts plateaux de Tintagel et il me semble bien qu'un "Holy shit" croisa aux grands vents la route d'un "What the fuck !" et la mienne. Je souris, repu comme le fauve affamé ayant enfin dévoré sa proie, et me retournai. Le_neptunien se trainait là en contrebas, tel la carcasse de la proie, l'oeil plus vide qu'avide fixé vers mon ombre tronant au sommet, le pas lourd et la lunette de soleil de travers (ceci expliquant que je fus en mesure de voir son œil vide). Soufflant comme un baleineau en rodage, il parvient avec grande témérité à ma hauteur et un râle sorti de sa gorge habitué à d'autres volubilités. Tintagel nous acclama, et apparut Merlin ..."

Oui, je me rends bien compte que l'apparition de Merlin est la goutte d'eau qui fait déborder le vase du fantasmagorique. En l'occurrence je faisais moins le malin, et si baleineau il y avait il était au large, peut-être dans les filets d'un grand voilier noir aux pratiques scandaleuses mais ce sera le seul message écologique de ce carnet. La bouffée d'air, quand bien même il ne fut pas frais, fut salutaire mais c'est justement bouffer qui nous préoccupa par la suite. Il était plus de 15h en effet quand nous eûmes bouclé le petit tour de Tintagel, et seul le petit-déjeuner pouvait faire office de carburant. C'est écolo, me direz-vous, mais ce serait oublier un peu vite que j'ai quelques lignes plus haut annoncé mon refus de toute propagande écologiste. Après quelques photos estampillées "photos débiles" (allongé entre des rochers, par exemple) à l'image de la photo prise la veille sur le "H" de l'hélicoptère du ferry juste avant que j'en fasse l'imitation, l'heure était à trouver de quoi se sustenter - ou du moins, de tenter.

Encore une fois, difficile de dire que le menu fut typiquement de la région ou du pays : pain, jambon, fromage industriel en petites portions en guise de beurre, le tout acheté sans une supérette du village de Tintagel, et nous pûmes partir en quête d’un emplacement adapté à ce repas gastronomique communément appelé pique-nique. Désormais rodé aux plus petites routes anglaises, Le_neptunien suivit son instinct et son GPS et en conjuguant tous leurs efforts ils parvinrent à dénicher le coin le plus paumé de tous les coins paumés de l'île, au bout d'une route étroite et bordée de hautes haies. Tel fut d'ailleurs le paysage le plus fréquent pendant notre route : des voies calibrées pour laisser passer 3/4 de véhicule, et sur leurs côtés des arbres aux feuillages très denses ou bien des haies taillées pour que rien de dépasse. Une ambiance qui me plongea dans "Le chien des Baskerville", mais aucun chien géant ne vint contrarier notre route vers le déjeuner.

En notre désert herbeux nous dégustâmes - tout est relatif - nos sandwichs de fortune et devisâmes sur l'humanité. Face à nous la mer ancestrale, la Tintagel médiévale  des champs et fermes post révolution industrielle et des éoliennes de l'ère incertaine du renouvelable, tout cela formant une fresque historique à l'étendue millénaire. Toute cette réflexion se déroula dans une quiétude seulement troublée par le découpage du pain et par une machine non-identifiée qui opérait non loin de là. L'agriculteur anglais n'a pas le moindre respect pour le touriste français qui déjeune à l'heure espagnole, c'est à ne rien y comprendre !

Le repas achevé, la voiture nous attendait de pneu ferme ou du moins pas crevé, car le trajet était assez long jusqu'à l'étape du soir : la petite île de Portland. Trois heures pour Ulysse à rouler, pour Le_neptunien à faire rouler, et pour moi à ... rien. Rien faire est une des choses que je sais très bien faire, et je le prouve à chaque voyage en voiture avec une aptitude assez remarquable à étouffer toute conversation ; à égarer en tout recoin inaccessible de mon esprit la moindre parole donnée ; à ne prêter oreille qu'à des bribes en y acquiesçant mollement ; et à ne prendre la balle au rebond que lorsque le rebond n'est pas trop haut ce qui demanderait un effort incommensurable. Que le silence ait accompagné bon nombre de nos minutes sur les voies automobiles anglaises n’étonnera donc pas grand monde parmi les lecteurs qui n'auraient pas encore jeté ce carnet à bonne distance d'eux, fatigués d'absurdités chroniques non justifiées.

Silence ou pas, Weymouth puis l'île de Portland lui faisant face furent atteintes en début de soirée. L'auberge YHA nous attendait. Dépose des bagages dans notre dortoir, où nous rejoint peu après un autre voyageur, et balade sur l'une des plages de l'île furent ensuite au programme. Le_neptunien, allongé sur les galets dans la position la plus confortable possible, se retrouva surpris après quelques minutes par la marée montante et ses pieds goûtèrent à la mer et à ce qui en fait le sel : le sel.

Forts de cette aventure supplémentaire, nous tentâmes un restaurant qui ne servait plus à cette heure tardive - 22h approchaient - et nous finîmes sur les bons conseils de la charmante demoiselle à l'accueil de l'auberge de jeunesse par mettre le cap vers la supérette encore ouverte dans la ville, à une dizaine de minutes de là. Bons conseils qu'elle dut ressasser ("once again ?", implorait Le_neptunien) en raison de son articulation à la machette formant pour nos oreilles accoutumées à la fréquence française un angloubi-boulga tout à fait intéressant à condition de ne pas vouloir le comprendre! A notre plus grande joie, la supérette était bel et bien là et ouverte.  Nous pûmes ainsi continuer notre journée "Alimentation locale" en achetant ... une pizza. Nous la chauffâmes puis la gobâmes, sans âme et à son grand dam, à l'auberge de jeunesse. Et, avant d'aller me coucher, j'oubliai honteusement de composer une ode à cette pizza salvatrice, ce que je rectifie immédiatement : 

"Madame la pizza ;

Madame, je t'aime ; et au nom de l'amour que je te porte laisse-moi t'offrir ces quelques rîmes tournant moins rond, je le crains  que ta pâte dorée et croustillante.

Ô, pizza emplie de tomate et d’œuf
Que je suis épris quand tu mates la meuf
Prête à la tâcher de ton rouge sang
La laissant hurler, crier les jours sans

Non, ne criez pas, femmes trop coquettes,
La tâche partira, la bêtise reste
Quand ça devient trop, aux heures épuisées
Mangez une pizza, et enfin soufflez

Même en Angleterre face à une reine
Tout le charme opère, Dieu protège la reine
Aussi la calzone, la margarita
C'est jamais la zone quand vit la pizza."

Non, non, rien n'a changé, mes vers sont toujours plus bas que terre. En revanche à Portland le jour changea et voici déjà le mercredi 17/07 qui frappe à la porte ...


Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
Présentation et informations : Présentation
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dimanche 14 juillet 2013

De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 2 - 15/07/2013

Chapitre 2 - 15/07/2013

"Angleterre, nous voici, nous voilà ! Patrie de l'Amiral Nelson, du roi Georges V et de Margaret Thatcher (que des grands hommes, non ?), berceau des révolutions industrielles et de David Beckham, lit douillet de l'euroscepticisme latent et anciennement de l'hooliganisme, à la fois roche et bernique accrochée au rocher américain et "rosbeef-land" (1) pour les intimes, ce monceau de clichés forme ton île aux yeux des touristes pédants débarquant d'outre-Manche tout emplis de certitudes sur la culture locale."

Une telle introduction à l'arrivée en Angleterre aurait pu être adaptée. Aurait pu. Mais sa pique ironique à l'égard d'une personne décédée (Thatcher, pas Beckham qui est bien vivant bien que ses exploits moribonds au PSG aient pu laisser de mauvais esprits penser à un proche décès), cette pique gratuite ne mérite pas de figurer dans un tel récit de voyage censé mettre en exergue et exemple l'harmonie et le dialogue entre les peuples. Reprenons donc sur des bases un peu plus consensuelles le fil de ce périple qui en ce 15 juillet nous amena au plus près de ce sel humide appelé mer.

C'est de Roscoff, autre bourgade bretonne qui pourrait très bien faire office de nom d'oiseau dan la bouche du Capitaine Haddock ("Moule à gaufres ! Bachi-bouzouk ! Roscoff !"), que devait s'envoler notre ferry pour Plymouth. A notre grande déception cependant, le ferry se révéla incapable de voler; il vogua plutôt. Mais avant cela bien des péripéties s'offraient à nous, la première étant de trouver le port et par la suite le lieux exact d'embarquement. 
Nul ne sait si Dédale a posé les fondations de Roscoff ou si l'itinéraire est un rite initiatique destiné à décourager la portion la moins téméraire du tout-venant, toujours est-il qu'il nous fallut tourner quelques temps dans cette pittoresque commune, peu aidés par les panneaux indicateurs qui avaient certainement un coup de cidre dans le nez (un coup de trop, s'entend ... ou cent ans, ce qui devait être l'âge des panneaux).

Le rite achevé avec brio, nous étions vers 13h dans cette zone bien particulière appelée zone d'embarquement. Il existe certainement bien d'autres lieux dans le monde de cet acabit, tous ces lieux de non vie, de passage. Terminaux d'aéroports, frontières, voire même laveries automatiques, autant de membres de cette grande famille du non-lieu, de l'entre-deux (et encore, de ces mots les zones en question ne sont que les tirets). La zone d'embarquement d'un ferry y appartient sans le moindre doute. Au premier contrôle, des identités et des tickets, les voitures défilent. Derrière la vitre, un curieux personnage fait face à un dilemme linguistique : faut-il s'adresser en anglais ou en français à tous ceux qui passent ? En ce qui nous concernait, le jeune homme qui officiait choisit le medley : un coup en anglais pour nous demander nos papiers et tickets ; un coup en français, pour nous intimer d’aller à la ligne 23 (le lecteur m’excusera ici si je fais erreur, le numéro exact m’a échappé; en même temps le lecteur ne sachant probablement pas plus que moi le numéro exact de la ligne n’aura sans doute rien à faire de cette parenthèse que je referme fissa).

C’est à l’arrivée sur la ligne 23 que commença vraiment l’immersion en lieu de quasi non-vie. Devant ? Une voiture. Derrière ? Une voiture. Toutes deux britanniques, volant à droite (même si, comme le ferry, les deux voitures ne volaient pas et, pas comme le ferry, elles roulaient … enfin sauf à ce moment précis où elles étaient bien sagement arrêtées). A gauche, d’autres voies avec des voitures, à droite, un splendide grillage longeant un bras de mer au bout duquel attendait majestueusement et royalement (Brittany Ferries oblige) notre embarcation. Quelques bribes de lien social s’immiscèrent néanmoins par un contact avec deux douaniers, dont un bedonnant moustachu scrutant suspicieux Ulysse qui se laissa reluquer, avant de nous demander (le moustachu, pas Ulysse) quelques infos :
« Lui – Bonjour.
Nous – Bonjour.
Lui – Vous voyagez pour quel motif ?
Nous – Tourisme.
Lui – Etudiants ?
Moi – Oui.
L_N – Non.
Lui – Rien de spécial dans la voiture, alcool, cigarettes ?
Nous – Non » (et idiots nous étions de ne point en avoir, car il ne vérifia absolument pas la véracité de notre réponse).

Cette conversation, déjà bouleversante en elle-même, l’est d’autant plus à sa relecture qu’elle constitua à peu près notre seule attache à l’humanité et ses codes sociaux dans un paysage proche de la nature morte. J’en ai cependant oublié une des interventions clés :
« Ulysse - … » (intervention à placer où bon vous semble)
Voilà, erreur rectifiée.

Notre ferry répondant au doux nom d'Armorique mit les voiles à 15h, et c'est encore une expression mal placée car bien que nous avions (les avions, eux, volent) pris garde à emprunter une ligne pas trop onéreuse, notre bateau ne fonctionnait tout de même pas à la seule force du vent sur les voiles. Oui: il fallait y ajouter la force des poumons des passagers contraints de souffler sur les voiles, et celle des passagers poussant le bateau tels Obelix sans force. Pour ces tâches gratifiantes, ce fut bien évidemment les femmes et les enfants (et les noirs) d'abord.

Le ferry partit donc à 14h. Oui, 14h et non plus 15h comme 11 lignes au-dessus car arrive dans ce récit le moment périlleux du passage de l'heure française à l'heure anglaise. Une heure à retirer, dangereux calcul non pas par sa complexité mais en raison du nombre exponentiel d'appareils donnant l'heure en ces temps : montres, téléphones, ordinateurs, tableaux de bord de voitures, ... Toute personne attentive et à l'esprit bien éclairé m'objectera que certains de ces appareils, dans leur formidable modernité, sont aptes à repérer qu'ils posent le pied en Angleterre et à changer seuls leur heure. Ce à quoi je réponds que ces nano-machines n'ont pas de pieds ... sauf les appareils photos, à la limite, mais pas les montres (et quand bien même ils en auraient eu, je n'ai pas cité les appareils photos dans la liste susmentionnée ce qui annihilera j'en suis certain les dernières réserves du lecteur attentif qui commence à devenir un peu chiant, tout de même, enfin, quoi !). Ces précisions effectuées je peux revenir à la complexité du changement d'heure, la multitude d'appareils entraînant nombre de manipulations sachant que tout oubli nous aurait plongé dans un grand désarroi spatio-temporel.

C'est donc à 14h que notre embarcation quitta son ancrage, et si ça fait trois fois que je donne cette information ce n'est pas du tout que je me perds dans des détails digressifs et sans intérêts. Non, si je martèle ainsi l'horaire de départ c'est bien pour me convaincre que c'était le bon puisque nous sommes bien évidemment partis en retard. Le compte-rendu scriptural présentant le grand avantage de prendre sans mal ses distances avec la réalité, je répète néanmoins sans sourciller que c'était à 14h que nous fûmes lancés en mer et, surtout, en ce qui nous concernait, lancés dans le ferry.

Car, à l'image de l'itinéraire vers le port de Roscoff, c'est une bien grande aventure qu'un voyage en ferry et ce qu'il parte à 14h ou pas. Un ferry est un village sur eau, une petite communauté éphémère de centaines de personnes destinées ensuite à ne plus de croiser. Toute une diversité de chemins qui se croisent, à l'image d'autres moyens de transport mais avec un espace nettement plus imposant dans lequel on trouve des commerces, bar, cinémas ou encore salles de jeux. L'arrivée étant programmée à 20h, les plus matheux des lecteurs attentifs et chiants déjà pointés de mon doigt rageur noteront que cela fait 6h de voyage, remarque qui n'a vraiment mais alors vraiment aucun intérêt. Ce qui est tout à fait passionnant en revanche, c'est de préciser que le tour des différents point-clés du ferry ne prit qu'une petite demi-heure, ce qui laissait devant nous bien du temps à tuer.

Il y a bien des manières de tuer le temps. Et puis, il y eut la notre, inclassable. Outre la propension de chaque être pensant  - souvent dépensant - à se sentir unique, cette affirmation se fonde sur des faits précis et tout à fait irréfutables  Des façons de s'occuper, il y en a vingt et cent, il y en a des milliers. Certains crament du juif, nous nous fîmes l'hélicoptère. Ou plutôt je fis l'hélicoptère, Le_neptunien me filmant. Expliquer ce que signifie "faire l'hélicoptère" est relativement simple : prenez un corps difforme et anarchiste capillaire et imaginez-le tournant sur lui-même, les pieds tourbillonnant sans grâce autour du "H" signifiant "hélicoptère" (ou "hurluberlu", pour ce qui me concernait et même si cette expression est démodée depuis 1961), le tout agrémenté d'une expression béate. Le pont étant vide à ce moment précis, le sentiment de gêne fut, malgré cette description peu valorisante , tout relatif. La vidéo de cette prestation sera bien entendu en téléchargement sur i-Tunes prochainement, contre la modique somme de 4.99 € (soit environs 7 pounds).

Bien entendu, enchaîner convenablement avec une occupation d'un tel niveau était chose impossible, et tout tentative de surenchérissement aurait sans le moindre doute tourné à l'abolition immédiate de toute dignité d'homme. Après ce triomphe de la futilité, nous passâmes ainsi la suite du voyage à des activités plus conventionnelles que l'imitation d'hélicoptère. Le_neptunien se reposant du sommeil du juste entre deux inspections dans les recoins les plus secrets du navire, j'en profitai pour rédiger le compte-rendu du concert de la veille - avec une dose de digression plus poussée encore que dans le présent écrit - puis un petit texte ayant pour thème "Guet" qui m'amena à parler de rêves et de Victor Hugo, c'est dire les digressions !

Un peu avant 20h les côtes anglaises étaient en point de mire sans qu'aucune embûche ne nous ait trouvé sur son chemin et sans que notre chemin ne soit embarrassé d’embûche (ce sont deux choses différentes : lorsque l'embûche est sur notre chemin, c'est elle qui doit payer les dommages et intérêts ; lorsque l'on est sur le chemin de l'embûche, le tort nous appartient). Pas d'iceberg, pas de vigie hurlant "les gau-, les gau-gau-, les gaulois !", pas d'enfant tombé à l'eau à mon grand regret car l'effet anesthésiant de l'eau gelée sur les caprices sonores eut été douce euphorie à mes oreilles. Doucement nous approchâmes l'Angleterre et notre destination, Plymouth. Entre-temps nous avions (nous ferrys?) pris soin de dîner au sein du splendide restaurant à bord, avec ses plats aux effluves alléchantes et ses prix qui donnaient envie de profiter dix fois plus encore desdites effluves. Je profitais tant des effluves que je ne retins même pas ce qui se trouvait dans mon assiette alors admettons que la gastronomie n'est pas un thème très attendu dans le récit de voyage en Angleterre, et passons sur ce petit oubli.

Peu après 20h, Plymouth était à nos pieds et surtout sous les roues d'Ulysse qui dut s'accoutumer à cette particularité britannique : rouler à gauche. C'est surtout Le_neptunien qui dut mettre de côté (gauche) ses réflexes de conducteur continental pour se faire le plus rapidement possible aux ronds-points pris à gauche, aux miles et yards remplaçant les kilomètres et mètres, le tout sous les regards des autochtones traduisibles par : "Ça y est, encore des Français qui viennent nous les briser, qui est le con qui a inventé le ferry ?". Plymouth, sa grande roue, son port et sa petite île, son parc avec vue sur la mer et bouteilles d'alcools divers traînant sur l'herbe; tel fut mon premier contact avec la terre anglaise (mais pas en glaise). Le_neptunien, lui, avait déjà goûté (à) cette joie et son regard acéré s'arrêta sur bien des détails échappant à mon regard par trop volatile ne s’accrochant qu'aux limites des fantaisies me traversant l'esprit. Le_neptunien et moi, il est peut-être utile de le préciser pour mieux comprendre ensuite nos comportements respectifs  deux prototypes d'individu humains bien particuliers. Un être humain n'est jamais qu'un prototype et c'est heureux, car c'est le défaut qui fait l'Homme - ce pourquoi la reproduction n'est qu'un moyen de transmettre parmi d'autres certes nécessaire mais loin d'être suffisant, n'en déplaise aux ayatollahs de la fécondité comme but ultime. Le prototype "Le_neptunien", donc, est caractérisé par un esprit curieux, une observation et une connaissance étroites des règles du jeu social ainsi qu'un intérêt forcené pour les créations culturelles ou sociétales de l'être humain. Un regard accroché à la Terre, de ses anecdotes à ses grandes structures, de ses êtres jusqu'au moindre de leur désordre. Ce prototype peut converser de tout sans pour autant s'aveugler de ses propres expériences et idées, son inconvénient principal étant la recherche absolue d'un ordre qui du point de vue du prototype irtimidien est illusoire.

Le prototype irtimidien est en bien des points le Hyde du Jekyll neptunien. Son regard ne s'accroche pas mais dérive, son seul ordre est un désordre organisé selon sa convenance, et sa curiosité pour l'être humain ne s'arrête pas sur ce qu'il produit de concret mais sur les structures qui lui échappent, sur les routines et idées qui s'imposent comme évidences. Surtout l'irtimidien tend à préférer raconter des histoires farfelues que vivre - ou pire, commenter - des histoires vraies. Cette tendance à vivre dans son cerveau peut faciliter des tendances égocentriques et compliquer la tenue de toute conversation, la mise à distance de certaines réalités évitant en revanche de s'en irriter trop facilement. On s'agace peu de ce qui est loin et l'émotion se mesure au kilomètre, en témoignent les réactions variables aux conflits de par le monde.

Cette introspection tout à fait subjective de chacun donnera au lecteur une idée des raisons des réactions de l'un et l'autre aux diverses péripéties qui se présentèrent par la suite. Pour l'heure, la nuit tombant sur l'Ibis de Plymouth, le quinzième jour de juillet s'acheva. Et si la nuit tombait, c'est bien que le guidage du copilote - moi - avait été suffisamment mauvais pour explorer toute la banlieue de Plymouth avant d'arriver à destination. Guidage catastrophique qui constitua l'un des running gags du séjour, sans le moindre progrès au fil des jours, j'en avertis déjà le lecteur trop optimiste. Quant au séjour, il est temps d'en tourner une autre page.


(1)Expression empruntée à Tezorc Y., frère de.

Retranscription de De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid
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samedi 13 juillet 2013

De Bretagne et d'Angleterre, Chapitre 1 - 14/07/2013

Chapitre 1 - 14/07/2013

C'était pourtant un matin comme les autres. Comme les autres, mais si différent. Les matins ne revêtent que les habits qu'on leur donne.
Celui du 14 juillet vint ainsi à nous, paré de bleu - blanc - rouge, engoncé dans les restes de la fierté nationale, avec la mer en point de mire. Il y a pire matins.

Onival, sympathique bourgade entre falaises et plages à quelques encablures de la baie de Somme, n'avait été qu'un lieu de passage pour la nuit. L'occasion néanmoins la veille au soir d'assister à la retraite aux flambeaux au son de la fanfare. L'occasion pour Le_neptunien ... Ah ! Zut, je savais bien que j'omettais le détail pénible des présentations !

Nous étions donc deux à entreprendre ce voyage vers la Perfide Albion. Ou trois, peut-être. Le_neptunien, créature ailée et zélée dont l'âge importe moins qu'il n'équivaut qu'à un misérable quart du 92 d'où il est issu, mais en faisait tout de même l'aîné  du périple. Moi, beaucoup plus jeune et beaucoup moins zélé. Et Ulysse, Fiat de son  prénom, dont la seule témérité fut de supporter un bref instant ma conduite. Un extra-terrestre, une voiture et un petit corps aux ires timides, tel fut le groupement qui s'éveilla en ce jour cocardier artificiel et artificier.

C’était un matin ensoleillé, déjà presque chaud. L'absence de transition entre les caprices météorologiques printaniers et les chaleurs estivales faisait râler quelques âmes en mal d'ires (et non en Maldives ... en mal d'Yves, à la limite, mais je n'ai pas pour habitude de m'attarder sur les problèmes sentimentaux de ceux que j'invoque très malhonnêtement dans mes récits). "Et on vient nous parler du réchauffement climatique", disaient-ils en avril, ne se découvrant pas d'un fil de leurs manteaux de certitudes ; "C'est irrespirable !", s'exclamaient-ils désormais, suant et faisant suer.

Arrivés aux portes de la Bretagne nous crûmes avoir trouvé les derniers nuages de France, les rescapés, l’ultime team de clouds (j'introduis déjà ici quelques termes anglophones) en ces cieux immaculés. Mais les bords de mer baignaient eux aussi dans cette mer bleue puissamment illuminée par un soleil bien accroché. Les choses étant bien faites, l'hôtel qui nous accueillait en ce 14 juillet avait pour nom "Hôtel de la mer"; et, les choses étaient mieux faites encore qu'on le croit, la mer était effectivement là. 200 mètres de marche (ou un peu plus, ou un peu moins, la Manche ayant ses marées) et nous y étions. La plage de Pléneuf-Val-André s'offrait à nos pieds et à nos yeux émerveillés.  Les yeux surtout, les pieds étant en général moins associés à l'émerveillement sauf chez Georges Tron, à qui cela n'a pas offert que des joies - politiquement, du moins. Émerveillés, nous l'étions. Le_neptunien à Asnières et moi à Lille comme à Lyon n'avions pas l'occasion d'observer très souvent de tels paysages. La longue plage de galets embrassait la mer nourricière apaisée - le plus ancien des mariages de deux êtres féminins ! Passé le rideau de constructions récentes et touristiques à souhait (pas le notre), le couple était bordé de maison à fort accent breton - étonnant, non ? Certaines, légèrement surélevées, trônaient sur les petits reliefs qui constituent les hauteurs de la ville. Le tout agrémenté, pour le nez d'un air marin pas désagréable, pour les oreilles d'un calme relatif. Loin du brouhaha des rues aux piétons empressés, du vacarme des métros masquant un silence plus pesant qu'apaisant, ou un i-Pod en saturation de volume.

Sous ces auspices bretons et maritimes, ce jour n'était que prélude à l'aventure anglaise qui nous appelait de ses bras - et de sa manche. Le lendemain notre ferry partirait de Roscoff vers Plymouth mais cela, j'y viendrai dans peu de temps. Pour l'heure le passage via la Bretagne eut pour intérêt, outre d'en apprécier la beauté, d'assister à la prestation donnée en ce beau lieu par les Petits Chanteurs d'Asnières dans le cadre de leur tournée d'été qui les amenait par la suite jusqu'en Vendée. La chronique musicale n'étant pas ma spécialité, je passerai avec la permission du lecteur, présupposée et non donnée, sur les détails. Et, la chronique musicale n'étant pas d'avantage la spécialité du Neptunien, il se concentra sur son domaine d'expertise (la mode) en regrettant le manque de tenue des ... tenues portées par les musiciens, qui avaient le malheur de venir faire leur solos en pentacourt. Hardiesse que voilà ! Des pentacourts, en été ? Et pourquoi pas des manteaux en hiver ? On accordera au pointilleux Neptunien que la même tenue dans une soirée karaoké n'aurait pas dénoté, mais on lui objectera que l'habit ne fait pas le moine, ni le bon chanteur, surtout à 200 mètres de la mer (20 de la plage) avec le soleil s'y couchant et offrant par ailleurs aux chanteurs et musiciens de se le prendre en plein dans les yeux.

Le détail esthétique ne gâcha pas le moment, doux aux oreilles sur un vrai tableau de vacances. Pas de doute, le voyage était déjà lancé et la côte bretonne lui offrait un prologue bien prometteur. Un prologue qui s'acheva le soir par le passage obligé - mais non forcé - du 14 juillet : le feu d'artifices. Peut-être las de la mer, les locaux avaient pris le parti d'organiser celui de Pléneuf sur les hauteurs de la ville, au dessus d'un grand stade. Mais comment décrire un feu d'artifices convenablement ? Il est préférable sans doute de s'attacher à décrire les réactions des spectateurs massés au bord du stade, tous - gamins, grand-parents, quadragénaires surveillant les premiers et supportant les seconds - conservant face aux lumières proposées à leurs yeux une même capacité à l'enthousiasme sonore. Qui a dit que la routine et les traditions tuent dans l'os toute spontanéité ? Une soirée de fête nationale est l'un de ces grands moments d'optimisme et de naïveté forcenés. Ce qui empêche les Français de faire pareille fête tous les week-ends ? Le budget, la météo neuf mois sur douze ou encore un contrat social qui a fait du dimanche morne plaine...autant de raisons qui expliquent qu'aucun candidat n'ait porté en 2012 la proposition "52 fêtes nationales par an".

Comme les autres nous profitâmes du spectacle dans trop réfréner nos réactions fraîches et infantiles. Et comme les autres nous repartîmes à la fin dudit spectacle retrouver à notre hôtel notre troisième larron - Ulysse - à qui nous ne fîmes pas un récit très élaboré de la soirée. Ulysse n'ayant d'oreilles que pour les sirènes c'eut été peine perdue et se déguiser en sirènes ne faisait pas partie du programme.

Forts de cette première journée revigorante nous pouvions désormais sereinement aborder la suite du programme et la grande traversée vers les contrées britanniques hostiles. Hostiles ? C'est ce que nous allons voir ...

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vendredi 12 juillet 2013

De Bretagne et d'Angleterre, Remerciements

Remerciements

- A Xuavled Tioneb.
- Aux ferrys, dont je suis désormais féru.
- A Adolf Hitler, car sans lui point de débarquement en Normandie et les Anglais ne pourraient se targuer d'avoir sauver la France, ce qui les laisserait tristes sur leur île avec leurs imbouffables breakfasts. Et personne n'aime voir des gens tristes, même anglais.
- A la mer, dont on ne se lasse pas.
- Au préfixe pré, très présent dans la préface. Le bonheur serait-il dans le pré ?
- Aux touristes, sans lesquels les touristes ne pourraient cracher sur les touristes, persuadés qu'eux n'en sont pas (des touristes ... vous suivez ?)
- A l'accent anglais. C'est incompréhensible, mais nettement moins moche que l'accent flamand.
- Aux flamants, qui auraient pu se sentir insultés par la précédente ligne.
- Au soleil (et ce carnet de voyage restera le premier et le dernier à citer du Jenifer).


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De Bretagne et d'Angleterre, Préface

De Bretagne et d'Angleterre, de Tezorc Irtimid, juillet 2013

Retranscription de l'oeuvre de Tezorc Irtimid par Le_neptunien avec datation pour fluidifier la lecture. Structure originale et chapitres conservés. Publication et diffusion sur ce blog avec l'aimable accord de l'auteur. (Auteur qui profita de cette retranscription pour ajouter quelques jeux de mots supplémentaires à l'oeuvre originale.) Aucune copie papier disponible à ce jour.

Table des matières originale :
  • Préface ------------------> p. 1 .................. Ci-dessous
  • Remerciements ------------> p. 2 ................. c.f. Remerciements
  • Chapitre 1 - 14/07/2013 --> p. 3-7 ............. c.f. Chapitre 1
  • Chapitre 2 - 15/07/2013 --> p. 8-18 .......... c.f. Chapitre 2
  • Chapitre 3 - 16/07/2013 --> p. 19-29 ........ c.f. Chapitre 3
  • Chapitre 4 - 17/07/2013 --> p. 30-40 ....... c.f. Chapitre 4
  • Chapitre 5 - 18/07/2013 --> p. 41-52 ....... c.f. Chapitre 5
  • Chapitre 6 - 19/07/2013 --> p. 53-62 ....... c.f. Chapitre 6
  • Conclusion ---------------> p. 63-66 ....... c.f. Conclusion

66 pages (66 = Pyrénées-Orientales ... C'est loin de l'Angleterre)

Préface

Cette préface est un prétexte. J'ose espérer que c'est un prélude, ce qui signifierait que ce qui suit sera ludique à défaut d'être précis.

Il y a différents récits de voyage, mais le récit de voyage porte en lui les germes de la prétention. Prétention à décrire une société que l'on découvre, un pays qui s'offre à nous, prétention à les juger. Bougainville explora ainsi, entre autres pays, Tahiti, et son récit fut vertement critiqué pour sa prégnance en préjugés ; Diderot en fit d'ailleurs un supplément.

Alors, oui, ce récit issu de Bretagne et d'Angleterre n'échappera pas à la prédisposition du genre à faire le monde à ses yeux - ou est-ce la prédisposition de l'être humain ? Ce récit se prélassera dans des détails sans intérêt, digressera sans se dégraisser de ses futilités  Ses personnages sont-ils réels ? Un peu, sans doute. Vrais ? Sans doute pas car la vérité est souvent moins belle que les écrits qui l'évoquent.

Surtout, surtout, les Anglais sont-ils des gens comme nous ? Je persiste à croire que non, cs gens-là ont encore un roi et en plus c'est une reine.

T. I.

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dimanche 23 juin 2013

Le_neptunien ... en terre hispanophone !

Bonjour à tous,

Bon, après le Québec pour 15 jours à Noël 2009, le temps a passé et la vie a continuée. Depuis, j'ai fini mes études, fais des rencontres, trouvé un travail et me suis confortablement installé dans une belle petite routine chez mes parents à 600 m de mon lieu de travail. La vie est belle, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, me direz-vous ... Et vous n'auriez pas tort ! C'est une belle vie de pacha avec ses avantages que vous imaginerez mais aussi ses inconvénients vous vous en douterez. Un exemple ? Aller, le moins "grave" : 10 kg de plus ... Une vie de rêve, certes, mais ... pas pour moi ! Je suis encore jeune mais atteints bientôt les limites des "offres" (réductions, aides, visa, ...) jeunes et j'ai suffisamment d'expérience professionnelle et de réserves financières pour un coup de folie ! C'est donc décidé, je plaque tout ! Comme certains ont pu le voir, j'ai signé pour deux fois douze semaines de cours de langue à l’étranger. Oui, deux fois ! Six mois !!

C'est donc là, l'objet de tout ce baratin : vous raconter un peu mon parcours et vous faire vivre régulièrement mes expériences.

En premier lieu, il faut dire que je ne pars pas seul. J’y ai bien pensé mais ne me sentais pas et avais peur de retomber dans une routine déprimante. Du coup, j’ai fait appel à un organisme de formation privé qui me permet d’être logé chez l’habitant, de bénéficier d’un statut d’étudiant et d’avoir un vingtaine d’heure de cours en langue par semaine. Au début, je m’orientais sur un pays anglophone. Rapidement, je me suis rendu compte que mon niveau, bien que très professionnel, n’était pas si mauvais. Du coup, je tente le tout pour le tout et me lance dans une langue que j’aime beaucoup, que je comprends un peu grâce à mes cours de collège et lycée mais que je parle trop mal : l’espagnol ! Oui, je sais, j’aurai aussi pu aller passer quelques semaines à faire le ménage et les courses de Tropifan mais je n’ai pas osé lui demandé :p

Maintenant que vous avez le « pourquoi » et le « comment », le « quand » et le « où » doivent résonner comme des questions existentielles dans vos têtes ! Sachant que je travaille déjà, je ne peux pas partir demain, j’ai donc choisi de passer un été tranquille et ai signé pour un départ au 1er septembre en commençant par trois mois faciles à Madrid puis trois autres un peu plus exotiques au Costa Rica. Comme je vous l’ai dit, j’aurai donc des cours mais aussi une bonne quantité de temps libre durant lequel je vais essayer de travailler.

Voilà pour les grandes nouvelles, je vous laisse méditer là-dessus et m’interroger si vous avez envie de détails.

A bientôt donc !

Votre serviteur voyageur,

lundi 11 janvier 2010

Le_neptunien ... à Québec ! De J+10 à J+14

Dixième jour (Mer 30)
Comme vous avez pu le remarquer depuis le début, je n'ai pas évoqué le château. En effet, lors de la visite d'un des musées, mon guide m'avait laissé entendre que c'était "un faux". En fait, le Château Frontenac n'a toujours été qu'un hôtel et c'est pour cela que certains se fichent de lui. Il fut construit peu après que la Colombie Britannique ait rejoint la Confédération du Canada. Elle mit comme impératif d'être reliée au reste du pays par un chemin de fer. Ce fut chose faite mais un problème se posa : le trajet durait plusieurs jours et s'effectuait dans des wagons classiques, sans couchettes ni lieu de restauration. Il fallut donc prévoir des hôtels sur la route et Québec fut choisie pour accueillir l'un d'eux du fait de sa proximité à la mer. De 170 chambres (à partir de 150 la ville exonérait de taxes pour 10 ans …) lors de sa construction, on y ajouta petit à petit différentes ailes puis un parking et enfin, la tour centrale. Le nombre des chambres actuelles atteint les 600. De belles vues, de belles chambres, des couloirs infernaux (dont trois troisièmes étages), des fenêtres dans les cheminées (toutes fûrent comblées suite à un incendie, les espaces étant réutilisés), … La visite nous est proposée par une comtesse en costume d'époque et le jeu de rôle est bien ficelé et rodé.
Nous repartons ensuite en flânant en ville, admirant tel ou tel bâtiment, bifurquant sur un coup de tête, remontant le boulevard René-Levesque et descendant dans la basse-ville.
En chemin, nous apercevons le choco-musée et y faisons une pause. C'est un petit musée-boutique proposant un rapide historique du chocolat et de ses variantes ainsi que des sculptures … en chocolat.
Après s'y être réchauffés, nous allons dévaliser le marché de Noël qui propose des produits de bonne qualité et, je le découvre à l'instant, à des prix intéressants. L'heure étant venue, je raccompagne mes invitées d'un jour à leur car et m'en retourne dans la nuit.

Onzième jour (Jeu 31)
La dernière journée de l'année commence bien tard. J'hésite, fatigué, et me décide à avancer ma valise. Et il vaut mieux que je commence dès maintenant car si je dois en acheter une autre, c'est aujourd'hui ou jamais ! Après une heure à me battre, j'en conclue que ça devrait rentrer. En plus, le gérant m'a confirmé qu'il avait un aspirateur "normal". Ben oui, pour mon sac permettant de vider l'air de mes vêtements (et donc gagner en volume), il faut un aspirateur et celui que j'avais vu était de type balais !
Je me décide enfin à sortir et établi scrupuleusement mon programme : passer devant la fresque de la bibliothèque Gabrielle-Roy puis celle de l'Hôtel-Dieu, faire un saut au CIPRQ, prendre une dernière photo à la Citadelle, dîner en ville et aller passer la soirée sur Grande-Allée.
Une fois sorti, je passe saluer le restaurateur (des Bossus), où j'ai pris différents repas très agréables, et me voici à la première fresque. Elle reprend des citations de personnages célèbres (écrivains, chanteurs, …) parlant d'une ville qu'ils aiment et dont je vous laisse deviner le nom.
Plusieurs clichés plus tard, j'avance vers la fresque de l'Hôtel-Dieu quant la nuit tombe d'un coup. Tant pis, direction le Citadelle. Depuis mon promontoire, un spectacle resplendissant s'offre à moi : la pleine Lune, bien au chaud sous une fine couverture de nuage avec à ses côtés le château qui la salue. Derrière mois, les plaines d'Abraham, dormant déjà dans leur manteau de neige, et la ville qui se prépare à la fête à venir. L'année se termine en douceur de façon si poétique …
La soirée se profile en spectacle sur Grande-Allée, une avenue de la haute ville. Je choisi un restaurant sympathique : le Savini. Du haut de la mezzanine, j'admire et surveille le va-et-vient des serveurs et de la barmaid au fur et à mesure que les salles se remplissent. J'ai bien dit "les salles" car je comprends vite la capacité "cachée" du restaurant d'une centaine de couvert. Je découvre aussi une organisation de bar, qui doit surement être habituelle mais que je ne connaissais pas. Imaginez (ou allez voir les photos !) un bac d'un mètre sur deux et, sur le côté, une sorte de clavier. Pour se servir d'un alcool (contenu dans le bac), la barmaid doit l'enregistrer sur le clavier avant, en référençant la table j'imagine. Pour les vins au verre, le système est encore plus sophistiqué : les bouteilles sont sous verre. Il faut insérer une carte, sélectionner une quantité puis mettre le verre sous un tuyau pour récupérer le précieux liquide … J'avais déjà remarqué une gestion des commandes très informatisée mais là, je suis épaté.
Les "spectacles" proposés comme je le pensais seront, en fait, une rétrospective de l'année via les une des journaux puis des caricatures dessinées et, quand même, trois-quarts d'heure de folk québécois. Là, je me mets en charge de traduire tant les écrits que les paroles à une Miami…enne et son frère. C'est très intéressant pour moi et je me rends compte qu'il va encore me falloir faire des progrès en anglais même si elle réussissait à (ou faisait semblant de) me comprendre.
L'heure du grand décompte est déjà arrivée et j'ai tout juste le temps de dégainer mon appareil photo pour filmer le passage à une nouvelle décennie. Dix ans déjà ‼ S'en suit un feu d'artifice digne de ce nom. La configuration des lieux est originale car la foule (dense) est en longueur dans une rue en pente, le feu ayant lieu à l'exterminé la plus basse. La soirée étant déjà finie, je m'en retourne parmi la foule pour venir vous souhaiter avec, six heures de retard, une très bonne année.
J'oubliais de mentionner qu'un décompte sous une neige fine sur fond le pleine Lune dans un lieu que j'avais hâte de revoir était tout simplement un cadeau extraordinairement superbe ! J'en profite pour remercier du fond du cœur ceux qui m'ont permis de réaliser ce rêve.

Douzième jour (Ven 1er)
BONNE ANNEE ‼
La journée se déroule tout en douceur avec le tri de mes photos (j'ai dépassé le millier) et de ma valise.
En allant souper au restaurant, je découvre une 150ème manière de payer par carte bancaire … mais vous en reparlerait plus tard. J'en profite aussi pour discuter avec la serveuse et comprendre beaucoup mieux le système de rémunération en place. Je vous explique : les serveurs/ses ont bien un équivalent du SMIC, cependant, du fait de la culture du pourboire, il est inférieur au SMIC normal. Cela permet donc aux clients de juger le service qui leur est proposé en attribuant un taux de 10% à 20%. Pour ma part, j'ai régulièrement arrondi pour ne pas m'embêter. Dernière petit info : les taxes représentent environs 15% de la note et l'affichage de leur montant est systématique, vous pouvez donc tout simplement reprendre le total des taxes comme pourboire (à ajouter bien sûr).
En rentrant, je savoure, une dernière fois, les douceurs de la neige. Elle tombe calmement et s'allonge à nos pieds formant de la poudreuse un peu partout.

Treizième jour (Sam 2)
Ce matin, c'est le grand jour … il faut boucler la valise et s'en retourner vers le Vieux Continent …
Une fois récupéré l'aspirateur (pour aspirer ma valise !), je remballe toutes mes affaires et fais une demi-douzaine de fois le tour de ma chambre. C'est bon, rien oublié, en route.
Evidement, il a neigé hier ! De la bonne poudreuse, comme je l'aime … mais pas avec une valise de 25kg. Je me dirige donc une dernière fois vers le minibus qui me montera tant bien que mal en centre-ville, plus la peine de courir, la visite guidé à déjà commencé… Là-haut, un dernier tour à l'OT puis direction un petit resto (après être passé par la poste pour les derniers timbres).
Il est l'heure d'aller chercher mon taxi pour me diriger tranquillement vers l'aéroport … où j'arrive avec 5h d'avance. J'en profite pour réajuster un peu mes bagages afin de me limiter à 2kg de surplus (soit 30$ ou 20€ !) et attends patiemment mon avion. C'est amusant de voir les pauvres gens qui vont aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, deux contrôles dont une fouille au corps pour tout le monde … (Vous avez entendu parler de la tentative d'attentat ?)
Mon vol n° TS 612 en date du "02 JANV 1950" (sic ‼) décolle à l'heure prévu soit 18h50.

Quatorzième jour (Dim 3)
Le retour en avion est un peu secouant ce qui m'offre la possibilité de discuter avec l'hôtesse sur tout un tas de choses comme les horaires (moins longs car regroupés sur des plages précises), les avantages (voyages et visites), les inconvénients (pas toujours à la maison le soir), les salaires (supérieurs à la moyenne avec un temps de travail inférieur), les formations (pas de près-requis particulier hormis les langues et la motivation), … Enfin bien intéressant, quoi !
Arrivé à l'aéroport, je me souviens de la phrase d'un passager à l'aller, disant que le Canada contrôlait énormément et la France absolument pas … Et je le confirme ! Un bref coup d'œil sur le passeport et zou, dehors.
Enfin, content d'être rentré quand même … surtout quand ma petite sœur me saute dans les bras en m'étranglant à moitié …

Petite info sur les moyens de paiement
Attention, pour les travellers-cheque ou chèques de voyage, il faut s'y prendre plus de trois semaines à l'avance. C'est la raison pour laquelle je ne pourrais vous en parler concrètement.
En ce qui concerne les cartes bancaires, les systèmes sont assez différents. Surtout quand vous avez une visa, peu connu outre Atlantique. J'ai pu découvrir quatre principes :
  • Vous donnez votre Visa, validez le montant, entrez celui du pourboire, validez le montant total puis entrez votre code PIN (ou NIP).
  • Vous donnez votre Visa, validez le montant et entrez votre code PIN.
  • Vous donnez votre Visa et signez la note.
  • Vous donnez votre Visa, écrivez le montant du pourboire puis le total et signez.
Le premier semble le plus évolué ! Dans les deux derniers, faite bien attention à remplir tout l'espace en écrivant (comme sur un chèque) pour qu'une centaine ne soit pas discrètement ajoutée …

Les grands voyageurs crieront que c'est évident mais je tiens quand même à vous en prévenir ! Ce sera votre récompense pour m'avoir lu jusqu'au bout.

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires, impressions, sensations, réactions, …